ACTE II, SCENE IX
Meurtrier de Phares !...
HOLOPHERNE
Que dit-elle?
A genoux !
(Phares, épouvanté, tomhe à genoux.) ÉB10CH.
Tous les deux j ses pieds '...Malgré moi ce mystère M'inspire de l'effroi.
JUDITH, le regardant fixement.
Sur ce \isage austère Je ne lis point de crime et point de trahison... Seigneur!... quelle clarté'... Jadason!... ERIOCH.
Jadason !
C'est le nom, n'est-ce pas, d'une bataille affreuse Que ta peur évita par une fuite heureuse ! Tout le temps du combat, tremblant, tu t'es caché ! Et le soir on l'a vu, sur un brancard couché, Pour rendre, en la voilant, ta lâcheté plus sure, Grimacer les douleurs d'une feinte blessure.
ERIOCH.
Qui m'a trahi? qu'entends-je ? et comment savez- JUD1TH, avec indignation. [vous?... Fuyard de Jadasou... à genoux !
HOLOPHERNE
A genoux !
(Érioch anéanti, tombe à genoux.) Elle lit dans tous les cœurs, tout cède à son empire.
PHARES
Nous sommes dévoilés...
ÉRIOCH.
Un Dieu vengeur l'inspire!
PHARES
Contre ce Dieu cruel nous lutterons en vain.
HOLOPHEIÏNr.
Perfides alliés, je vous connais enfin ! Toi, Phares, meurtrier ! loi lâche ! toi transfuge !... Gardes, désarmez-les... et demain qu'on les juge ; Et qu'ils ne comptent plus au rang de mes soldats.
PHF.DYJIE, à part.
Laissons-la triompher, mais surveillons ses pas. (Les rois rendent leur épée aux officiers , les soldats les emmènent hors de la tente; Pliédyme s'éloigne mystérieusement en traversant le théâtre.) HOLOPHERNE, à Judith, apercevant Pliédyme. Cette femme a sur toi fait éclater l'orage. Ah! je saurai punir cet imprudent oulrage.
JUDITH, à part.
Dieu m'a prêté sa force e! j'ai su les braver ; Mais que lui dire à lui, qui vient de me sauver ?
su m: ix.
HOLOPHERNE
Un magique pouvoir t'a révélé leurs crimes.
Comme ils sont tous tombés a les accens sublimes Judith ! est-donc toi, qu'ils osaient insulter? Toi que tout Israël s'honore d'écouler ! •Toi, dont le nom si noble et si pur est l'emblème Des plus saintes vertus! loi, la beauté suprême! A qui tout doit paraître un hommage insolent, Et que moi j'ose à peine admirer en tremblant !... Oui, près d'eux, tu m'as vu terrible en ma colère. Mais près de toi, j'ai peur... j'ai peur de te déplaire; Ce tigre rugissant du désert descendu Ne sait plus que gémir comme un agneau perdu. Oh! que l'amour rend humble au jour déjà victoire! Qu'est-ce qu'un vain succès et qu'importe la gloire, La glo.re des héros, si le plus renommé, Si le plus orgueilleux n'est pas le plus aimé! Mais hélas! je le vois, mon amour vous offense.
JUDITH, avec égarement.
Oui, vous avez eu tort de prendre ma défense.
HOLOPHERNE
Moi?
Je vous dis, seigneur, que vous avez eu tort, Que je vous ai trompé, que je veux votre mort; Qu'avec vos ennemis je suis d'intelligence, Que je suis l'instrument d'une horrible vengeance, Que ceux qui m'accusaient venaient vous sauver,
[vous!
Qu'il fallait, sans pitié, me livrer à leurs coups. Ah! j'aurais moins souffert de cette mort si prompte Que de tous ces honneurs qui me couvrent de honte.
HOLOPHERNE
Quel désespoir l'égaré... Oh! Judith, calme-toi, Leur indigne soupçon n'a point changé ma foi. Avec mes ennemis je ne puis te confondre, Mon amour seul m'éclaire !
JUDITH, à part.
Hélas! faul-il répondre Par tant de perfidie à tant de loyauté!
HOLOPHERNE
Moi, de ton noble cœur je n'ai jamais douté. Eh! comment douterais-je? en toi tout me rassure , Et ton maintien si digne, et ta beaulé si pure, Et ta voix dont la grâce a pénétré mon cœur : Ah! de traîtres accens auraient moins de douceur! Un perfide regard n'aurait pas tant de charme, La haine se devine et le mensonge alarme. Un faux bonheur nous jette un soupçon douloureux. Va, si lu me trompais, je serais moins heureux.
JUDITH, à part.
0 mon Dieu ! tu l'entends! est-ce là ta victime?
HOLOPHERNE
Et pourquoi «l'immoler, Judith? quel est mon cri- Je sauve ton pays que lu croyais perdu; [me? • Par mon ordre, Israël a sa gloire est rendu. Nos intérêts unis bientôt seront les mêmes, Je servirai ton Dieu s'il permet que tu m'aimes; Enfin, pour commander, pour régner en ma cour, Que t'importe ma mort?... n'as-tu pas mon amour? Non, non, je ne crains pas que la ruse me livre;
Pour te donner mes jours tu me laisseras vivre...
Mais contre ta douleur vainement je comhals, Tu détournes les yeux, lu ne n'écoutes pas. De tes \ils ennemis lu me crois le complice, Tu te venges sur moi de leur lâche injustice; Et in 'accablant aussi d'un injuste courroux, Tu me fuis, tu me hais...
Moi? je priais pour vous.
HOLOPHER>E.
O joie.'... elle a mêlé mon nom dans ses prières! Dès l'enfance endurci dans nos luttes guerrières, Je ne connaissais p m ces mois consolateurs. Ah Judith!...
(Apercevant Nsssar.) Qui vient donc?...
NASSAR.
Prince, sur les hauteurs Ou vient de signaler un courrier de Ninive.
HOLOPHERNE, épouvanté.
Un messager... du Roi?...
NASSAR.
Dans l'instant il arrive.
HOLOPHERNE, à Judith.
Je cours le recevoir... et je reviens vers toi.
UtOOvCOvCceOCOSOOOOOOSQCCCOCOOOOQJOoOOOCSOOOOOOCO