ARNOLD, MATHILDE
( Arnold s'est montré pendant les dernières mesures de la romance.)
ARNOLD
Ma présence pour vous est peut-être un outrage?
Mathilde , mes pas indiscrets Ont osé jusqu'à vous se frayer un passage.
MATHILDE
On pardonne aisément les torts que l'on partage ; Arnold , je vous attendais.
ARNOLD
Ce mot où votre ame respire , Je le sens trop , la pitié vous l'inspire; Vous plaignez mon égarement :
Je vous offense en vous aimant.
Que ma destinée est affreuse !
MATHILDE
La mienne est-elle plus heureuse?
ABNOLD.
Il faut parler, il faut, dans ce moment Si cruel et si doux , si dangereux peut-être , Que la fille des rois apprenne à me connaître;
J'ose le dire avec un noble orgueil, Pour vous le ciel m'avait fait naître.
D'un préjugé fatal j'ai mesuré l'écueil ; Il s'élève entre nous de toute sa puissance ; Je puis le respecter, mais c'est en votre absence. Mathilde, ordonnez-moi de fuir loin de ces lieux ,
D'abandonner ma patrie et mon père,
D'aller mourir sur la terre étrangère , De choisir pour tombeau des bords inhabités; Prononcer sur mon sort , dites un mot.
MATHILDE, tendrement.
Restez.
DUO
MATHILDE
Oui , vous l'arrachez à mon ame Ce secret qu'ont trahi mes yeux ; Je ne puis étouffer ma flamme , Dût-elle nous perdre tous deux !
ARNOLD
Il est donc sorti de son ame Ce secret qu'ont trahi ses yeux!
Mathilde répond à ma flamme, Dût-elle nous perdre tous deux !
(A Mathilde.) Mais entre nous quelle distance, Que d'obstacles de toutes parts !
MATHILDE
Ah! ne perdez pas l'espérance; Tout vous élève à mes regards.
ARNOLD
Doux aveux ! ce tendre langage De plaisir enivre mon cœur.
MATHILDE
Je le chéris, tout me présage Près de lui des jours de bonheur.
(A Arnold.) Retournez aux champs de la gloire, Volez à de nouveaux exploits :
On s'anoblit par la victoire ; Ellejustifira mon choix.
ARNOLD
Je pars, je cours chercher la gloire, C'est un tribut que je vous dois :
Puis-je douter de la victoire Lorsque j'obéis à vos lois?
ENSEMBLE
MATHILDE
Dans celle qui t'aime, Oui, c'est l'honneur même Qui dicte sa loi.
Mathilde, constante, Ira sous la tente Recevoir ta foi.
ARNOLD
Dans celle que j'aime, Oui, c'est l'honneur même Qui dicte sa loi.
Mathilde, constante, Viendra sous la tente Recevoir ma foi.
MATHILDE
On vient , séparons-nous.
ARNOLD
Vous reverrai-je encore?
MATHILDE
Oui, demain.
ARNOLD
O bonheur !
MATHILDE
Quand renaîtra l'aurore, Dans l'antique chapelle , en présence de Dieu, J'entendrai ton dernier adieu.
ARNOLD
Que de bienfaits !
MATHILDE
Je vous quitte, on s'avance.
ARNOLD
Ciel ! Walter et Guillaume ; ah ! fuyez leur présent».