‹ JudithChapitre 27 sur 547 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

JUDITH, ZELPHA, HOLOPHERNE, NASSAR.

(Les esclaves apportent la table du festin.)

HOLOPHERNE, ;, part.

Je vais donc la revoir ! hélas !

(Apeicevant Juditb.) Dieux, qu'elle est belle !

Les plus affreux soupçons tombent à son aspect, La colère se change en timide rc pecl...

JUDITH, à part.

Ilmetrompait... j'éprouve unerage inconnue Enfin ! Dieu soit loué... ma haine est revenue

HOLOPHERNE, à part.

Mais elle semble fuir un pénible entretien. Son regard courroucé semble éviter le mien.

(A Judith.:

Pourquoi viens-tu si tard?

JUDITH, avec amertume.

Demandez à Phédyme.

HOLOPHERNE

Oh ! de ses longs adieux ne me fais pas un crime.

(A part.) Eh quoi! je l'accusais, prompt à me défier. Et c'est moi qu'elle force à se justifier ! Mais l'instant est venu de l'épreuve mortelle : Frésentons-lui la coupe... Oh! dieux! la prendra-

[t-elle?

Si, trouvant un prétexte, elle allait refuser ?... Si, par sa propre crainte, elle allait s'accuser ?... J'ai vu bien des combats, j'ai vécu de carnage, Jamais pareil effroi n'a glacé mon courage.

(Conduisant Judith vers la table. ) Voulez-vous présider aux plaisirs du festin, Et par les mêmes vœux mêlant notre deslin, Souffrir que pour lous deux la coupe soil remplie?

Il D1TH.

Oui, seigneur : au succès de ma lâche accomplie J'ose boire avec vous, car mon cœur est joyeux, El je sens que ce jour est un jour glorieux. • Judith prend uu des flacons d'or et verse le vin dans la coupe que lui présente Holopherne ; puis elle porte la coupe à ses lèvres.)

nOLOPIIERNE, à part.

Ah ! je respire enfin .'... rien n'a trahi son trouble. Oh ! ma foi se réveille, et mon amour redouble...

Un courrier de Niuive est arrivé ce soir?

HOLOPHERNE

Oui; par un envoyé le roi méfait savoir Qu'il presse mon relour à la cour d'Assyrie. Vous y viendrez, Judilh?

Il UITH.

Pour ma pauvre patrie .rirai de \olre maîlre implorer les bontés.

ROLOPHERNE.

Là vous ferez polir nos plus fières beautés. Quel triomphe pour moi ; car ce jour vous enj fous connaissez uos lois.. . vous savezqu'un usage... Un usage à la fois charmant ei rigoureux. Nous fait un déshonneur de n'être point heureux. L'imprudent qui verrait son ardeur méprisée De l;i cour, aussitôt, deviendrait la risée... Mille regards moqueurs lepoursuivraienttoujours.

Oh! l'on ne rira pas, seigneur, de nos amours !

HOLOPHERNE

Ce bonheur est si grand que j'ose a peine y croire ! Tu ne me hais donc pas ?

Jl 1DITH.

Vous plaire, c'est ma gloire!

HOLOPHERNE, mystérieusement.

Tu l'as promis, Judith: dans ma tente... ù minuit...

Tu viendras... Elle est là... cette porte y conduit...

Tumedisd'espérer!...Oh! ce n'est point un rêve...

jl 1)1 [11, «"inclinant.

Seigneur...

(A part, en regagnant la porte.) Sur les rideaux j'ai \u briller un glaive; (Tous deux se lèvent. Les esclaves emportent la table du festin.) NASSAR, bas à llolopherne.

Tous les feux sont éteints dans les murs assiégés ; Au fond des souterrains nos soldats partagés Attendent le moment de marcher sur la ville, Qui, dans un faux espoir, trouve un sommeil tran-

^ [quille.

HOLOPHERNE , bas ù Nassar.

Va, dirige leurs coups, et reviens me chercher Au point du jour !

JEDlTH.basii Zelplia, lui montrant la porte de sa lente.

C'est là qu'il faudra te cacher.

Zelpha , tu resteras derrière celte porte; Mais ne te montre pas avant que je ne sorte. Je poserai la lampe ici , de ce côté.

Achior reviendra guidé par sa clarté, Ses soldats avec nous sont tous d'intelligence.

NASSAR , i Holopherne.

Le mol d'ordre, seigneur?

HOLOPHERNE

« Babylone et vengeance ! »

JUDITH, à Zelpha.

Retiens bien ces deux mots.

(Zelpha sort, Nassar se retire dans le fond du théâtre.. HOLOPHERNE , à Judith, avec tendresse.

Judith , pardonne-moi !

C'est un crime... Un moment j'ai douté de la foi... De cet affreux soupçon mon àme est soulagée; Mais comme j'ai souffi ri !.. Ma douleur t'a vengée, Et ce D'est pas à toi, Judith, de m'en punir. Oli! viens, viens dissiper ce cruel souvenir! Livre ta destinée à cet amour si tendre. Je ne te quitte pas, Judith; je vais l'attendre. Que mon cœur va frémir au doux bruit de tes pas ! Tu nepeux me Iromper ; lu viendras.. . lu viendras !..

JUDITH, tremblante.

Dieu m'a dit : « Tu seras l'épouse et la servante. • (A part.) , Je suis soumise à Dieu... Cet amour m'épouvante! HOLOPHERNE, avec passion.

Est-il vrai?... N'est-ce pas un prestige du cœur? Cette femme... aujourd'hui... promise à mon bon-

[heur, C'est elle !... c'est Judith!... c'est la femme que O pensée enivrante ! ô délire suprême ! [j'aime ! Vertige de l'espoir, extase, enchantement ! Félicité cruelle! adorable tourment!

Délicieux fardeau de tristesse et de joie ! Torrens de voluptés où mon àme se noiel Non, je ne savais pas, avant cet heureux jour, Quels siècles on peut vivre en une heure d'amour! (Il sort. Ses officiers , ses pages l'accompagnent. Les esclaves emportent les flambeaux; ils ne laissent que la lampe, et ferment les rideaux dans le fond du théâtre.)

OOOOOGOOOOOOCOOûOOOCSOOûaOOOOOOOOOOOOaOOOOOOOOOOaOO

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