PAMÉLA, ASPASIE
ASPASIE, qui a relu le billet.
Pauvre enfant!.. Ah! sans doute, je viendrai à son secours.
PAMÉLA
Comme vous voilà émue !
ASPASIE
Ce n'est pas sans raison ! c'est de la fille de ma bienfaitrice, la comtesse de Sénancourt, à qui je dois mon établissement, ma petite fortune... et même la vie!., car, sans elle, la pauvre Aspasie se noyait tout de bon, comme une sotte!
PAMÉLA, effrayée.
Qu'est-ce que vous me dites là?
ASPASIE, avec un soupir.
Mon Dieu! oui... il y a dix ans !.. j'en avais quatorze ou quinze... en Provence, sur les bords du Gardon... et vêtue de cette belle robe de mariée... (Indiquant une robe de dentelles très riche dans la montre.) que j'ai toujours conservée... j'allais me précipiter la tête la première...
PAMÉLA
Par désespoir d'amour?
ASPASIE
Cela y ressemblait presque,. , quoique le mons-
tre ne méritât guère... (souriant.) Mais, c'est tout un roman que je te conterai quelque jour... quand je serai une vieille gangan!.. et que je prendrai du tabac. (Reprenant son récit.) Mmede Sénancourt passait en chaise de poste... Elle s'élance , m'arrête , me force de monter dans sa voilure et me ramène à Paris avec sa fille, joli petit ange de six à sept ans... aussi belle, aussi bonne que sa mère ! que te dirai-je ! recueillie, consolée par cette excellente dame; établie, grâce à sa générosité, à la tète de cette maison, rien n'égalait ma reconnaissance pour elle, si ce n'est peut-être m;: tendresse pour sa fille, que je regardais comme mon enfant. Mmc de Sénancourt le savait bien ; car, quelques années plus tard, et se sentant près de sa fin, elle me fit appeler... « Ma bonne Aspasie, me dit-elle, » je vais me séparer de ma pauvre petite Cé- »line ; elle est jolie... elle est riche... deux «grands dangers pour une jeune fille... Le testament de mon mari nomme pour son tuteur, »à mon défaut, un parent éloigné, dont je re- » doute le caractère avare et despotique. Malgré »ta légèreté apparente, je connais ton attache- » aient, ton courage... Promets-moi de veiller «sur ma fille, sur son bonheur...» Sans pouvoir prononcer un seul mot, je tombai à ses oieds, je couvris sa main de mes larmes!... — « C'est bien , dit-elle, en m'adressant un dernier sourire... je t'entends... je puis partir tranquille. » et quelques heures après... (Essuyant une larme.) elle nous avait quittées.
PAMÉLA
Pauvre dame !
ASPASIE
Le lendemain , le tuteur avait emmené sa pupille au fond de je ne sais quelle province, et je craignais de ne pouvoir jamais remplir ma promesse... mais ce billet me rend l'espérance.
PAMÉLA
C'est de mamzelle Céline ?
ASPASIE
Oui... (Lisant.) «Je suis opprimée, menacée, •et je viens à vous, Aspasie , comme me l'a re- » commandé ma mère... Demain je m'échappe- »rai de l'hôtel de mon tuteur... Attendez-moi. » (Montrant le billet.) C'est daté d'hier.
PAMÉLA
Ainsi, elle va venir?...
ASPASIE , avec joie.
Aujourd'hui! oh! quel bonheur de l'embrasser, de la revoir!., (vivement.) et d'entrer en campagne contre ce tuteur, * que je ne connais pas, mais qui doit être comme tous ses confrères, un sot, un imbécille !.. cela me promet une intrigue vive , difficile... c'est ce qu'il me faut... c'est mon élément, (a Paméla.) Va te mettre en embuscade dans la petite cour qui donne sur l'autre rue. (Montrant la gauche.) Tu ia reconnaîtras facilement : dix sept ans, jolie comme les amours, la démarche timide et un voile. (Elle doit en avoir un... c'est de rigueur, quand on fuit de chez son tuteur. ) Dès qu'elle sera arrivée , frappe trois coups à cette porte
* Aspasie, Paméla,
6 LA FILLE DE FIGAHO
pour que je renvoie les chalands... Va vite! Discrétion et prudence!
pamélia, souriant.
N'est-ce pas l'enseigne de notre magasin !
(Elle sort à gauche. )
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