SCÈNE VI
ASP ASIE; puis, M*0 DUPERRON.
ASPASIE, seule d'abord.
Qu'entends-je!.. une voiture qui s'arrête devant ma porte... serait-ce déjà? (Elle court au fond et regarde à travers le vitrage.) Non, Dieu merci !... Quelle est donc cette belle dame qui descend de liacre en se donnant de si grands airs ?
(Elle redescend près du comptoir à gauche.) Mmc DUPERRON , au fond. *
C'est bon, cocher... Attendez-moi, 1J...
(Haut, eneutrant.) Dieu! que ces voitures de place sont dégoûtantes !
ASPASIE, à part.
Voulant faire croire qu'on en a une à soi!.. C'est quelque parvenue.
M"*' duperron, regardant autour d'elle, Ah !.. c'est ça une boutique de- revendeuse?.. Ah! quel taudis!
ASPASIE, choquée et s'asseyant.
Hein! par exemple! Attends! attends!
Mmc DUPERR0N , avec un cesle de dédain. Est-ce vous, ma une , qui êtes la maîtresse de cette bicoque?
ASPASIE , à part.
Bicoque! (Haut.) J'ai cet honneur, Madame.
Mne duperron, se moquant.
Oh! cet honneur!.. (S'aporcwant qu'elle est debout et qu'Aspasie est assise.) Est-ce que Madame reçoit ainsi tout le monde sans se déranger.
aspasie, froidement.
Un certain monde, Madame,
Mme DUPERRON, vivement.
Vous êtes une impertinente, ma chère... quand une femme coraœe moi se donne la peine de venir dans votre échoppe...
ASPASIE, se levant.
Les portes de mon échoppe, Madame, communiquent à toutes les maisons distinguées de Paris.
• Jl°" DUPERRON, avec hauteur.
Pas avec la mienne, toujours.
ASPASIE, faisant une révérence.
C'est ce que je voulais dire.
.Mme DUPERROX,
Hein ?
Que vendrai-je à Madame?
Mme duperron , se remettant.
Vous avez raison... on ne vic::t pas ici pour faire assaut d'esprit avec vous. En passant tout-a-l'heure, j'ai jeté par hasard les yeux sur
* Aspasie, .MŒC Duperron,
votre boutique , j'ai aperçu cette robe d'une coupe assez étrange...
aspasie , la désignant et allant la prendre. Celle-ci?
M"" DUPÇRRON.
Précisément... *Je suis invitée, ce soir, à un grand bal travesti... et j'ai pensé que ce costume bizarre pourrait peut-être convenir.
ASPASIE, plaçant la robe sur une chaise.
C'est une robe de noce, Madame... de jeune fiancée artésienne , avec le bouquet de Heurs d'oranger... Je ne crois pas que cela vous aille.
Mme DUPERRON.
Cela me regarde.
ASPASIE
Au fait, puisque c'est un bal travesti ! Mmc duperron, avec impatience.
Combien me ferez- vous payer cette vieille défroque ?
ASPASIE
Vous remarquerez d'abord que la robe est parfaitement conservée... garnie demalines.
lu""0 DUPERRON.
Enfin , cela vaut...
aspasie, la déployant.
Estimez-la vous-même.
M"'0 DUPERRON
Quinze à dix-huit francs?
ASPASIE, l'emportant.
Vous en donneriez dix mille, que vous n'auriez pas cette vieille défroque , comme vous l'appelez.
Mme duperron, passant adroite.
Dix mille francs!., dix mille francs! Vous êtes folle, ma mie !
aspasie. **
Folle! oh! oui, j'en conviens !.. toutes les fois que je regarde celte robe... il s'éveille, en moi, un souvenir... à me faire perdre la raison... et qui pourtant m'est cher!., car il m'a peut-être épargné bien d'autres chagrins. Si vous saviez...
Mmc DUPERRON.
Ne croyez-vous pas qu'une femme comme moi, va écouter votre lamentable histoire? On sait que les revendeuses ont toujours eu des aventures...
ASPASIE
Il y a des femmes qui ne revendent rien , et qui en ont eu leur bonne part. Je n'ai pas' le bonheur de connaître Madame... mais je suis sûre que si elle daignait me raconter sa lamentable histoire...
Mme duperron, avec humeur.
Il suffit. Voulez-vous trente francs de celte robe ?
ASPASIE
Je ne vous la céderais pas, maintenant , pour un million !
Mmc duperron.
Alors, pourquoi la mettre en étalage?
* ]\lmc Duperron , Aspasie, ** Aspasie, Mrac Duperron,