‹ JudithChapitre 36 sur 547 · MARIE, LA COMTESSE · texte numérisé non relu

MARIE, LA COMTESSE

MARIE

Ma mère, pourquoi es-tu triste ?

LA COMTESSE, s'efforçaiit de sourire.

Moi?

Oui, oui; je l'ai bien vu quand tu m'as renvoyée : il y avait dans tes yeux des larmes que tu cachais... Serail-ce mon père?...

LA COMTESSE

Non!... Je ne veux pas que tu aies celle pensée-là, Marie. Ne crois pas que lou père puisse avoir des torts; tu sais qu'il est trop noble, trop juste, et qu'il nous aime trop pour me donner des chagrins.

MARIE

Mais qui donc?...

LA COMTESSE

Rien, je n'ai rien, Marie, rassure-toi; j'étais un

peu souffrante, voilà tout ; mais je suis heureuse.

N'ai-je pas ma fille? Oh! oui, bien heureuse par

toi, ma belle Marie, car lu es belle, bien belle...

Je ne devrais pas te dire cela.

MARIE

Tu m'as appris à n'en pas être orgueilleuse.

LA COMTESSK D'ALTlîNBKIlG ,

I A o 'Ml ESSE.

Mais moi!... je suis la mère... Regarde-moi, souris-moi.

MARIE

Oh ! je l'aime !

J'aurais des chagrins que lu me les ferais oublier. Mais je voulais le parler, Marie. * Pourquoi \as-iu dessiner si loin dans le parc?

MARIE

Dans le parc :

LA COMTESSE

On l'a vue plusieurs fois près du pavillon.

MARIE, embarrassée.

Le paysage y esl si beau.

LA COMTESSE

Ce lieu, pourtant, esl maudit dans l'histoire de notre famille.

MARIE

Maudit! N'était-ce pas autrefois la salle de justice de la chatellenie des comtes d'Altenberg ?... Pourquoi mon père?...

LA COMTESSE

Ignores-tu que sa mère y est morte un jour subitement, et d'une façon étrange qui fit alors circuler de sourdes rumeurs, que le vieux comte, devenu veuf, n'a jamais démenties?

MARIE

Que disait-on ?

LA COMTESSE

Depuis ce jour, la porte de ce pavillon ne s'ouvrit plus, et après la mort du vieux comte, qui fut tué à la guerre, ton père défendit avec sévérité que personne ne mît les pieds dans ce bâtiment. Je te dis tout cela pour que tu craignes, à l'avenir, d'aller de ce côté.

MARIE, rêveuse.

Là... dans ce pavillon... subitement...

LA COMTESSE

Ce n'est pas tout : le jour où ton père devint seigneur de ce domaine, il fit enfermer, sans que l'on sût pourquoi, dans un cachot de la chatellenie, un serviteur dont jamais je n'ai pu obtenir la liberté.

MARIE

Quoi !...

LA COMTESSE

Dieu la lui a donnée.

MARIE

Il est mort?

LA COMTESSE

A ce que m'a dit ton père.

MARIE

Tout cela m'effraie.

LA COMTESSE

Ainsi, tu n'iras plus de ce côté, n'est-ce pas? Tu me le promets?

La comtesse conduit sa Clle auprès des sièges, à droite. ou elles s'asseyent, —Marie sur le tabouret,

.MAPiiE, baissant les yeux.

Oui, ma mère. (A part.) Une fois encore , une seule, pour lui dire...

D'ailleurs, ce lieu est si désert... Tu n'y as rencontré personne, n'est-ce pas? (Voyant que Marie ne répond rien.) Si? — Marie, aurais-tu aperçu lu quelqu'un ? Réponds-moi ; si tu me dis non, je te croirai; car tu n'as jamais fait un mensonge. marie.

Ma mère!...

LA COMTESSE, agitée.

Réponds?

MARIE

Eh bien ! un jeune homme...

LA COMTESSE

Tu l'as vu?

MARIE

Tu le connais?

LA comtesse, avec calme.

Moi ! non, je ne le connais pas ; j'ignore qui ce peut être; mais ne dis rien à ton père... je me charge...

MARIE, à part.

Oh ! quand il faudra lui avouer ma faute!

LA comtesse.

Il ne l'a point parlé?

MATtlE.

Ma mère... (Vivement.) On vient 1

(Elles se lèvent.)

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