SCÈNE VII
SAINT-RÉANT , ASPASIE, masquée.
SAINT-RÉANT, voulant suivre Edmond.
Edmond !
ASPASIE, l'arrêtant.
Restez !
Mais...
SAINT-REANT.
ASPASIE, avec plus de force.
Restez!.. Au nom du révérend père Dominique de Saint-Augustin!
SAINT-RÉANT, immobile.
Qu'entends-je?..
ASPASIE, après un silence.
Ah! ah! vous n'êtes plus si pressé de me quitter... vous daignez m'écoutcr maintenant. SAINT-RÉANT, essayant de se remettre, et souriant.
Ange ou démon... je ne sais trop lequel... peut-être tous les deux... je vois que lu coi!:;;; s ou que tu crois connaîl'c quelque folle aventn'c de ma jeunesse... et tu veux te donner le passetempsde m'int'iguer... à l'aide des détails qu'on t'a fou'nis... Je passe condamnation d'ava sur toutes les peccadilles que tu viens me 'epocher... Ainsi, ne te donne pas la peine rie les énumé'er... hâte-toi plutôt de me mont'er ta cha'mante figu'e !
ASPASIE
Je ne suis pas venue à ton bal pour cela.
SAINT-RÉANT.
Et qu'y viens-tu donc faire ?
T'empêcher de commettre une seconde fa
SAINT-RÉANT.
Une faute ?
ASPASIE
Tu as raison... le mot est trop doux!., rais dû dire un second crime!..
LA FILLE DE FIGARO
SAlNT-n. \NT , choqué.
Aii! ceci passe la raille'ie... Roulant sortir.) ei les soins que 'échine mon cont'at de ma- ';a je...
ASPASIE, l'arrêtant.
Ton contrat ?.. tu ne le signeras pas !
SUNT-RÉANT.
Comment ?
ASP ASIE.
Tu sais bien que tune le peux pas...
s u>:t-réant.
Je ne le peux pas.
ASPASIE
[ne tu es marié.
SAINT-REANT, frappé.
Marié !.. moi!
Et quoique la polygamie ne soit plus un cas
pendable, il pourrait en résulter pour toi,
certain inconvénient auquel l'amitié même du
insul ne saurait te soustraire... d'au-
|ue Bonaparte n'aime ni le scandale ni les
séducteurs.
SAINT-BÉANT , affectant de rire.
i ne peut m'atteindre... je suis parfaitefement étranger... je regrette seulement , beau le, eue ta te sois laissé abuser par des contes absurdes.
ASPASIE, vivement, irdes !.. le mot n'est pas poli, M. de t:Réant, et je vois bien qu'il faut vous rappeler que ces coules absurdes, forment une des pages les plus coupables de votre vie.
sALvr-UKANT , voulant, sortir.
Encore une fois , je me dois aux invites —
ASPASIE, l'arrêtant avec force.
Ob ! vous m'entendrez... ou c'est au premier consul que je ferai ce récit.
SAINT-RÉANT, à part.
Quel supplice!.. (Haut.) Voyons, je vous écoute.
ASPASIE , d'une voix émue, après une pause.
li va treize ans... dans un petit village des environs d'Antibes, vivait une pauvre orpheline lomraéc Mariette Truchon. ( S'arrêtant, avec un sourrire.) Le nom n'est pas très noble, j'en con- ... mais elle avait quinze ans... elle était ... .Sérieusement.) Oui. sage, vous le savez ;:i:eux que personne, Monsieur... car eile résista lemps à toutes les séductions dont on l'environnait ! Un brill nt seigneur corse, qui se appeler le marquis de Mirarnonte... et qui se cachait, disait-il, pour échapper aux troubles politiques de seu pays... vit la pauvre Mariette , et tenta de s'en faire aimer ! Il • ai: encore jeune, assez bien de sa personne... ]■■: vqus ai dit qu'il y avait quelques années de ... et, cependant il aurait échoué comme les autres, s'il n'eût parlé de mariage., mariage secret, bien entendu, à cause de son nom , de sa famille !.. La malheureuse Mariette, qui i'aiinait, se laissa persuader... et une nuit, dans la petite chapelle du couvent de Saint-Augustin, le révérend père Dominique les maria! je crois Que je n'omets aucune circonstance, hein?.. (Se reprenant). Ah! si, pardon, j'oubliais... que pour concilier, autant que possible, l'intérêt de son
amour et celui de sa dignité, M. le marquis obtint à prix d'or du pauvre moine , qu'au lieu d'un mariage véritable , il ne ferait qu'un hymen simulé, sans aucune valeur, et que le noble marquis pourrait désavouer quand bon lui sembleraii.
SAINT-RÉANT, troublé et à part.
0 ciel !
ASPASIE, avec un sourire.
C'est bien cela, n'est-il pas vrai ? ( D'une voix plus émue.) Au bout de trois jours , Mariette était abandonnée... son mari avait disparu !.. Seule, à pied, et presque folle, la pauvre fille, vêtue de sa robe de noce... la seulequ'eile possédât. ( Lui montrant celle qu'elle porte. ) Celleci, je crois, M. le marquis... parcourut les environs, la montagne, les villages... sans découvrir la moindre trace de son perfide ! dansson désespoir, elle allait mettre fin à ses jours, un ange la recueillit, la sauva... pour empêcher votre perte, votre ruine... pour qu'elle vînt vous dire aujourd'hui : marquis de Miramonte, vous ne pouvez vous marier... Mariette est votre femme... et c'est elle qui réclame ses droits.
(Elle se démasque.)
SAINT-RÉANT , stupéfait.
Aspasie !
ASPASIE, reprenant son ton naturel.
La revendeuse... qui n'avait pu vous reconnaître ce matin... La révolution a changé tant défigures ! mais, qui avait été frappée cependant d'un vague pressentiment, et qui ne vous laissera pas consommer le malheur de Céline. SAINT-RÉANT, se remettant et avec aplomb. Vous êtes folle !.. allons donc ! c'oyez-vous que je me laisse effayer pa' des menaces... par des fables inventées à plaisir et dont il n'existe aucune p'euve.
ASPASIE, à part.
C'est vrai !
SAINT-RÉANT.
Je suis lib'e... pa'faitement lib'e... Céline se'a ma femme...
(On entend sonner minuit. — Musique.) ASPASIE.
M. le marquis...
SAINT-RÉANT, remontant à droite.
A l'instant même... car j'entends sonner minuit... le notai'e est là... le premier consul ne peutta'dcr... *
ASPASIE
Mais songez donc !..
SAINT-RÉANT, avec force.
,Jc ne c'ains 'ien, reti'ez-vous... je vous l'odonne... et... justement, voici tout not'e monde.
(Aspasie remet son masque.)
* Aspasie , Saint-R-'a'U.