‹ JudithChapitre 415 sur 547 · LE CUK.VA1 1ER · texte numérisé non relu

LE CUK.VA1 1ER

Mon Dieu, il n'a pas voulu me le dire... mais je présume qu'il est un peu gêné.

LA COMTESSE

Vraiment! le comte gêné! et comment cela?

LE CHEVALIER

Oui, il a joué, je crois, et il a perdu.

LA COMTESSE

Ah! au fait, je me rappelle, il m'a dit lui-même qu'il était joueur.

LE CHEVALIER

11 vous l'a dit ! Eh bien, c'est cela... il a joué... le joueur!

LA COMTESSE

Ah ! mon Dieu! Et croyez-vous qu'il ait perdu beaucoup ?

LE CHEVALIER

Quelque cinquante mille livres peut-être; de sorte que vous comprenez, au moment où il vient de renouveler sa maison , d'acheter cet hôtel... Bref, je le crois fort tourmenté.

LA COMTESSE

Oh! vraiment ! vous croyez le comte tourmenté!

LE CHEVALIER

Pardon, si je vous avoue cela. Je ne voudrais pas, vous comprenez bien, comtesse, que ce que je vous dis en confiance revînt au comte.

LA COMTESSE

Oh! soyez donc tranquille... c'est sacré cela, chevalier. Ah ! vous êtes un bon ami, et c'est bien a vous d'avoir consenti à me faire comprendre mes torts ; je vous en estime davantage, si c'est possible. Et vous croyez vraiment qu'il est inquiet, malheureux, ce pauvre comte?

LE CHEVALIER

Oh! littéralement il ne savait où donner de la tête.

LA COMTESSE

Je le crois bien, quand il vient de me faire cadeau d'une magnifique corbeille. Oh! vous avez bien raison, c'était un caprice. Qu'ai-je besoin, moi, d'une voiture nouvelle et d'un autre attelage? Mon Dieu, j'avais demandé cela comme j'aurais demandé autre chose. Je ne suppose jamais qu'on puisse manquer d'argent... j'en ai toujours , moi.

Ainsi vous renoncez à cette voiture?

LA COMTESSE

Est-ce que j'ai quelque chose à vous refuser, chevalier?

LE CHEVALIER

Oh ! vraiment, vous êtes charmante !

LA COMTESSE

Que vous savez bien l'empire que vous avez sur moi!

LE CHEVALIER

A la bonne heure, je vous retrouve enfin! Oh! que vous me rendez heureux, comtesse ! car cet empire dont vous parlez...

LA COMTESSE

Eh bien?

LE CHEVALIER

Eh bien ! je commençais à craindre tout de bon de l'avoir perdu!

LA COMTESSE

Oh! quelle folie!

LE CHEVALIER

Oui, je vous ai trouvée si étrange hier.

LA COMTESSE

Oh! hier, comme c'est étonnant, n'est-ce pas? vous venez justement me parler de la marquise, quand vous savez que j'ai pour cette femme une antipathie...

LE CHEVALIER

Mais non, je ne le savais pas, moi.

LA COMTESSE

Alors, c'est que vous ne devinez rien.

LE CHEVALIER

Eh bien! passe pour hier ; j'ai eu tort. Mais ce matin, comtesse, ce matin...

LA COMTESSE

Après? ce matin...

LE CHEVALIER

Oui, comment m'avez-vous reçu ?

LA COMTESSE

Moi, je vous ai mal reçu?

LE CHEVALIER

Sans doute : à peine avez-vous fait attention à moi; j'ai cru que vous ne me verriez pas.

LA COMTESSE

Oh ! cette fois, chevalier, vous en conviendrez, la chose est bien naturelle ; mon oncle arrivait à l'instant même.

LE CHEVALIER

Ah ! pardon, je ne savais pas que vous eussiez pour cet oncle une si merveilleuse affection.

Cependant vous savez bien que le commandeur est mon second père.

LE CHEVALIER

Oui, et à ce titre je me rappelle les larmes qu'il vous a fait verser lorsqu'il a exigé que vous épousassiez Candale.

LA COMTESSE

Il croyait faire mon bonheur, chevalier, et il faut tenir compte aux gens de l'intention.

LE CHEVALIER

Mais savez-vous que j'ai grande envie d'être jaloux, comtesse?

LA COMTESSE

Et de qui? de mon oncle?

LE CHEVALIER

Non, mais de son neveu.

LA COMTESSE

Eh bien ! mais, chevalier, ne plaisantez point ; vous n'auriez peut-être pas si grand tort.

LE CHEVALIER

Je commence à le croire.

LA COMTESSE

Le comte est fort agréable.

LE CHEVALIER

Quoi! c'est d'aujourd'hui seulement que vous vous en apercevez?

UN MARIAGE SOUS LOUIS XV

LA COMTESSE

D'un charmant caractère.

LE CHEVALIER

Plein de soins, plein de complaisances... allant au-devant de tous vos désirs, témoin cet attelage que vous lui avez demandé...

la comtesse, vivement.

Et que vous me refusez en son nom. Au moins il a eu le mérite de craindre de me contrarier; tandis que vous... oh! vous, vous n'avez pas hésité. Je vous en remercie. Mais pardon; j'aperçois mon oncle !

LE CHEVALIER

Et il arrive à propos, n'est-ce pas, pour rompre un tête à tête qui commençait à vous peser?

LA COMTESSE

Chevalier!...

LE CHEVALIER

J'attendrai pour vous présenter désormais mes hommages, que vous soyez en meilleure disposition.

le commandeur, bas, à la Comtesse.

Laisse-moi seul avec le chevalier.

Adieu, comtesse; je vous obéis, je me retire.

LA COMTESSE

Non, vous pouvez rester, monsieur, et c'est moi qui vous cède la place. Mon oncle, vous savez que je suis chez moi, que je vous ai vu à peine, et que j'aurai grand plaisir à vous revoir.

Elle rentre.

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