LE CHEVALIER, LE COMMANDEUR
LE COMMANDEUR, à part.
Ah çà ! mais c'est une dispute d'amoureux cela, ou je ne m'y connais pas.
le chevalier, s'approchant de la porte.
Permettez, monsieur le commandeur...
LE COMMANDEUR
Pardon, chevalier, pardon.
LE CHEVALIER
Je prie monsieur le commandeur d'agréer mes excuses; mais il faut...
LE COMMANDEUR
Un mot, je vous prie : si vous êtes pressé, j'irai vite. Chevalier, je vous vois aujourd'hui pour la première fois, mais j'ai connu votre père.
LE CHEVALIER
Vous m'avez déjà fait l'honneur de me le dire, monsieur le commandeur.
Eh bien! je vous le répète : votre père était un brave et loyal gentilhomme, monsieur, comme il y en avait encore beaucoup à cette époque, et comme il en reste bien peu aujourd'hui... qui surtout regardait l'amitiôcomme une chose sainte, et qui aurait cru commettre un crime en la trahissant.
LE CHEVALIER
Pardon, monsieur le commandeur; mais vos
discours me paraissent cacher une allégorie quelconque, et je suis désolé de vous dire que je ne la comprends pas.
LE COMMANDEUR
Alors, je serai plus clair, chevalier : je dis que si votre père avait eu un ami marié à une femme jeune et jolie, il eût respecté cette femme comme une sœur, par cela même qu'elle était la femme de son ami ; et s'il avait eu le malheur d'aimer celte femme, comme cela aurait pu arriver, il aurait pris sur lui, voyant la confiance de son ami, de s'éloigner de la maison, et cela de lui-même, sans attendre qu'il y fût invité par quelqu'un de ces grands parens dont la mission est de voir ce que les autres ne voient jamais. Voilà ce qu'eût fait votre père, chevalier, et voilà ce qu'en digne fils de votre père vous feriez, je le crois, dans la même occasion. Vous me comprenez maintenant, n'est-ce pas? eh bien! méditez sur ce que je vous dis là en passant... Adieu, chevalier.
Le Commandeur entre chez sa nièce.
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