‹ JudithChapitre 417 sur 547 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

LE CHEVALIER, seul; puis LE COMTE.

Pardieu! si je comprends!... Eh bien! il paraît que tout le monde s'est donné le mot... Je vous demande un peu en quoi cela le regarde, ce bon commandeur?

Il va pour sortir.

LE COMTE

Un instant, un instant, chevalier; et ma commission?

LE CHEVALIER

Ta commission, elle est faite, et bien faite.

LE COMTE

Ah!

LE CHEVALIER

Oui; la comtesse a reconnu l'inutilité] d'une voiture nouvelle, et elle y renonce.

LE COMTE

Elle y renonce ! ... et comme une femme renonce à ce qu'elle désire, n'est-ce pas? ayee forceplaintes contre le tyran qui exige de pareils sacrifices.

LE CHEVALIER

Mais non, je l'ai trouvée fort raisonnable au contraire, et enchantée de faire quelque chose qui nous fût agréable.

le comte, un peu piqué.

Ah! alors, tu en es content?

LE CHEVALIER

Très-content!... mais je n'en dirai pas autant de tout le monde.

LE COMTE

Comment cela ?

LE CHEVALIER

Ah! tu as un oncle!... Dis-moi donc, mon cher, tu ne m'avais pas prévenu de cet oncle-là... Est-ce que tu le gardes?

LE COMTE

Le commandeur?... Eh bien! mais c'est un

MAGASIN THEATRAL

très-brave homme; un peu roide sur les principes, un peu sévère sur les mœurs, croyant toujours que les choses doivent se passer comme du temps du grand siècle et du grand roi; mais d'ailleurs m'ainiant fort, et en toutes circonstances prenant mes intérêts comme un père.

LE CHEVALIER

Oui, parbleu bien ; j'ai vu cela. Mais je ne suis pas si heureux que toi; il parait que je n'ai pas le bonheur d'être dans ses bonnes grâces, à ton oncle.

LE COMTE

Comment donc?

LE CHEVALIER

Oui, il m'a presque mis à la porte, mon cher.

Mis à la porte, toi!...

LE CHEVALIER

C'est comme je te le dis.

LE COMTE

Et pourquoi ?

LE CHEVALIER

Pourquoi? il prétend que je fais la cour à ta femme.

LE COMTE

Tiens ! ce cher oncle !

LE CHEVALIER

Et que c'est immoral, et que je trahis l'amitié, et... que sais-je, moi! cent autres balivernes du même genre. Ah çà! mais pourquoi donc sort-il de sa province, comme cela, sans dire gare?... S'il est d'un autre temps et d'un autre siècle, trèsbien ; qu'il reste avec ses aïeux et qu'il laisse leurs descendans tranquilles; avec sa grande perruque, son habit carré et ses souliers à talons, que diable! mon cher, ce n'est pas un oncle cela , c'est un portrait de famille; qu'il rentre dans son garde-meuble, et qu'on n'en entende plus parler.

LE COMTE

Je te demande bien pardon. C'est un oncle, et la preuve c'est que nous en héritons, deux cent mille livres de rentes... de cet oncle... ainsi, mon cher, te voiià prévenu, tâche de te tenir bien avec lui, parce que si vous vous brouillez, ma foi, tu comprends, quelque amitié que j'aie pour toi, quelques services que tu m'aies rendus et que tu espères me rendre encore, je serais forcé de me ranger de son côté.

LE CHEVALIER

Comment! mon cher, si ton oncle exigeait que tu me fermasses ta porte, tu me la fermerais... à moi?... ton meilleur ami?

LE COMTE

Ce serait à mon grand regret... mais que veuxtu saurais que ce n'est pas ma faute, que j'ai eu la main forcée... mais que je t'aime toujours.

LE CHEVALIER

Allons, et de trois. Le seul sur lequel je croyais pouvoir compter, le voilà qui m'abandonne.

LE COMTE

Lïeim ?

tu

LE CHEVALIER

Rien ; je dis que je suis dans un mauvais jour. Adieu, Candale.

LE COMTE

Adieu. Quand te reverrons-nous?

LE CHEVALIER

Ma foi, je n'en sais rien; ton oncle m'effraie.

LE COMTE

Je tâcherai de faire ta paix avec lui. Adieu.

Adieu.

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