SCÈNE IV
LE COMTE, LE COMMANDEUR
le commandeur, entrant, posant son chapeau et
sa canne sur un fauteuil au fond.
Ah!
le comte.
Ah! c'est vous, mon cher oncle?
LE COMMANDEUR
Oui, c'est moi; et où en sommes-nous ici?
LE COMTE
Ma foi, mon oncle, toujours au même point.
Alors, tu vois donc que j'avais raison, et que j'ai bien fait de prendre mes mesures.
LE COMTE
Comment, mon oncle! ce que je supposais est donc la vérité?
LE COMMANDEUR
Et que supposais-tu?
LE COMTE
Que vous étiez allé à Versailles.
LE COMMANDEUR
Eh bien! tu supposais juste; j'y ai été et j'ai vu le roi.
LE COMTE
Et vous lui avez dit...
LE COMMANDEUR
Tout, en rejetant la faute sur moi, bien entendu; car c'est ma faute. Bref, Sa Majesté est au courant de votre position respective; elle a compris qu'un pareil mariage était non avenu, et m'a permis d'en poursuivre la séparation, promettant d'écrire de son côté à Rome pour en obtenir la nullité.
LE COMTE
Et alors, mon oncle, qu'avez-vous fait?
LE COMMANDEUR
Je suis revenu par chez mon procureur, qui dresse la demande.
Mais permettez-moi de vous le dire, mon oncle, vous menez les choses avec une promptitude qui ne laisse pas aux gens le temps de se reconnaître.
UN MARIAGE SOUS LOUIS XV
LE COMMANDEUR
Quand une pareille rupture est devenue indispensable, m'est avis, monsieur, que plus elle est prompte, moins elle est scandaleuse.
LE COMTE
Cependant si nous ne pensions point ainsi, la comtesse et moi, il me semble que vous ne nous sépareriez pas malgré nous! car enfui il vous faut notre consentement.
LE COMMANDEUR
Et vous oseriez le refuser?
LE COMTE
Pourquoi pas?
LE COMMANDEUR
Oui, n'est-ce pas, ce serait plus commode de demeurer ainsi. Je comprends, ou plutôt je ne comprends pas ; car qui vous dit que de son côté la comtesse n'attende pas avec impatience cette rupture, à la quelle je ne sais pourquoi, ni dans quel Lut, vous vous opposez, vous? Qui vous dit que la comtesse, jeune et belle, soit dans la disposition de sacrifier sa vie tout entière à l'égoïsme d'un homme qui n'a eu jusqu'ici pour sa jeunesse et pour sa beauté que de l'indifférence et du mépris? Pourquoi, sans être heureux, la condamnezvous à être malheureuse? pourquoi, étant femme, la condamnez-vous à être veuve?... avez-vous ce droit-là! la main sur la conscience, l'avez- vous?
LE COMTE
Du moment où vous croyez avoir des raisons de penser que votre nièce désire cette séparation, mon oncle, c'est autre chose; Dieu me garde de contraindre en rien ses sentimens; ce que madame de Candale fera, je le ferai.
Il sort.
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