‹ JudithChapitre 424 sur 547 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

LE COMMANDEUR, puis LA COMTESSE.

LE COMMANDEUR

Eh bien ! à la bonne heure, voilà ce qui s'appelle parler raison, au moins.

LA COMTI

Ah! mon cher oncle! c'est vous, on m'avait prévenue que vous étiez rentré, et j'attendais avec bien de l'impatience que vous fussiez seul.

1E COMMANDEUR

Et pourquoi cela que je fusse seul ?

LA COMTESSE

Parce que je ne voulais pas venir ici tant que le comte y serait.

Ainsi il n'y a pas entre vous le moindre rapprochement?

LA COMTESSE

Tout au contraire, mon oncle; je ne comprends vraiment plus le comte. Ah! je suis bien malheureuse, allez.

LE COMMANDEUR

Trànquillise-toi, mon enfant, tout cela aura un terme.

LA COMTESSE

Ah! mon oncle, quel terme voulez-vous que cela ait ?

LE COMMANDEUR

Quel terme? votre liberté à tous deux, j'espère bien.

LA COMTESSE

Notre liberté !... mais il est donc vrai que vous avez l'intention de nous séparer?

LE COMMANDEUR

Dam ! puisque je ne peux pas vous réunir, il faut bien prendre un parti.

LA COMTESSE

0 mon Dieu ! mais c'est une résolution bien terrible, savez-vous, que celle-là!

LE COMMANDEUR

Oui, si vous étiez restés des années ensemble, je comprends. Oui, si l'un de vous aimait l'autre, je comprends encore. Mais il n'en est point ainsi; vous vous connaissez a peine, vous ne vous aimez pas, et il y a plus, chacun de vous en aime un autre.

LA COMTESSE

0 mon oncle!

LE COMMANDEUR

Enfin cela est-il, ou cela n'est-il pas? As-tu avoué au comte que tu aimais le chevalier, et le comte t'a-t-il avoué qu'il aimait la marquise?... Eh bien ! vous serez libre chacun de votre côté ; vous serez heureux selon votre cœur. Si Candale aime toujours la marquise, elle est veuve, il pourra l'épouser. Si tu aimes toujours le chevalier... il est garçon , rien ne t'empêchera de devenir sa femme.

LA COMTESSE

Moi la femme du chevalier, mon oncle! oh! jamais! jamais!

LE COMMANDEUR

Comment, jamais!

marton, entrant par la porte du fond.

Monsieur le commandeur, c'est votre procureur qui vous attend pour une affaire des plus pressées, à ce qu'il dit.

LE COMMANDEUR

Très-bien, j'y vais. Au revoir, ma nièce.

LA COMTESSE

Votre procureur, mon oncle!

Eh bien, oui, mon procureur. Et où est-il?

MARTON

On l'a fait entrer dans l'appartement de monsieur le commandeur.

LE COMMANDEUR

Au revoir, mon enfant; pense à ce que je t'ai dit; vois.

LA COMTESSE

Oui, mon oncle.

Le Commandeur sort.

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