‹ JudithChapitre 432 sur 547 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

LA COMTESSE, puis MARTON, puis LE COM- MANDEE 11.

la comtesse, sortant de sa chambre.

Eh bien! Marton?

marton, entrant par la porte du fond.

Voici monsieur le commandeur, madame...

Le Commandeur entre.

LA COMTESSE

0 mon oncle! que vous êtes bon de vous déranger ainsi, des le matin, pour moi... mais vous m'excuserez, n'est-ce pas... j'étais si tourmentée!

LE COMMANDEUR

Tourmentée... et de quoi?

LA COMTESSE

0 mon oncle! si vous saviez!

Voyons, parle.

LE COMMANDEUR

UN MARIAGE SOUS LOUIS XV

Oh ! c'est que vous allez me gronder, mon oncle, et vous aurez Lien raison... Cependant si vous saviez ce que je souffre I vous me trouveriez bien assez punie!

LE COMMANDEUR

Punie!... et de quoi?

LA COMTESSE

De la faute que j'ai commise.

LE COMMANDEUR

Tu as commis une faute?

LA COMTESSE

Et une bien grande, allez !

LE COMMANDEUR

Mais quelle est cette faute enfin?... voyons.

LA COMTESSE

J'ai été... au bal de l'Opéra !

IE COMMANDEUR

Au bal de l'Opéra?... toute seule?

LA COMTESSE

Oh! non, mon oncle... pas toute seule! avec le chevalier.

LE COMMANDEUR

Avec le chevalier!... Vous avez été au bal de l'Opéra avec le chevalier, madame?

Que voulez-vous?..... j'avais la tête perdue

j'étais folle!

LE COMMANDEUR

Et qu'aviez-vous à faire à l'Opéra?

LA COMTESSE

Mon oncle, avez-vousjamais été jaloux?

LE COMMANDEUR

Que signifie...

LA COMTESSE

Oh! c'est que si vous aviez été jaloux, vous comprendriez ce que je souffre...

LE COMMANDEUR

Eh bien?

LA COMTESSE

Eh bien! mon oncle, j'étais jalouse!...

LE COMMANDEUR

Jalouse!... et de qui?

LA COMTESSE

Du comte.

LE COMMANDEUR

De Candale?

LA COMTESSE

Oui, de Candale.

Dé ton mari?

LA COMTESSE

Eh ! sans doute, de mon mari!...

LE COMMANDEUR

Ah ça ! mais que diable viens-tu donc me dire là?

LA COMTESSE

Oui, mon oncle, oui... j'avais été prévenue qu'il n'avait refusé de me mener au bal que pour y

conduire la marquise. Alors, vous comprenez

j'ai voulu savoir si c'était vrai ; et pour m'en assurer,..., Eh bien, oui oui, mon oncle, j'ai

commis une grande imprudence, je l'avoue. J'ai écrit au chevalier de venir... il est venu... et j'ai exigé qu'il me conduisît au bal de l'Opéra. 11 y était, mon oncle, on ne m'avait pas trompée... il y était avec la marquise... Si vous saviez la nuit que j'ai passée!... quand je l'ai vu donnant le bras à cette femme!... Oh!... j'étais furieuse!

LE COMMANDEUR

Furieuse de ce que ton mari était avec la marquise, quand tu étais, toi, avec le chevalier!

LA COMTESSE

0 mon oncle! tout cela n'est rien.

LE COMMANDEUR

Comment! tout cela ce n'est rien?

Je veux dire que tout cela n'est rien auprès de ce qui est arrivé.

LE COMMANDEUR

Mais qu'est-il donc arrivé ?

LA COMTESSE

imaginez-vous qu'en sortant sous le vestibule de l'Opéra... vous savez, sous le vestibule?

LE COMMANDEUR

Parfaitement.

LA COMTESSE

Eh bien ! un officierqui me suivait depuis quelque temps, et qui sans doute à ma taille et à ma tournure méprenait pour une autre, s'est approché de moi, et m'a dit tout bas quelques mots si inconvenans, que j'en ai malgré moi serré le bras du chevalier, si bien qu'il s'en est aperçu; et comme il avait été d'une humeur massacrante toute la soirée, il a demandé avec beaucoup de hauteur à cet officier ce qu'il avait à me dire; celui-ci lui a répondu que s'il était curieux de le savoir, il n'avait qu'à venir le demander luimême à monsieur de Saillant, capitaine aux gendarmes du roi, rue de Grenelle, numéro 24. De sorte que je crois, mon oncle, que ce matin, ils doivent se battre.

LE COMMANDEUR

Se battre !

LA COMTESSE

Oui; et vous comprenez quel scandale, si l'on venait à savoir que j'étais à ce bal, que j'y étais au bras du chevalier... que le chevalier a pris une querelle à mon occasion?... Oh! alors, je serais perdue, et jamais Candale ne me pardonnerait.

LE COMMANDEUR

Et il aurait, mordieu! bien raison.

LA COMTESSE

Vous voyez bien, mon oncle, qu'il faut absolument que vous me tiriez d'embarras.

LE COMMANDEUR

Oui, je comprends, c'est le plus pressé d'abord; mais ensuite...

LA COMTESSE

Ensuite, mon oncle, je ferai tout ce que vous voudrez.

LE COMMANDEUR

Eh bien ! alors, apprêtez-vous à me suivre.

LA COMTESSE

Aujourd'hui même ?

-iO

MAGASIN THÉÂTRAL

LE COMMANDEUR

A rentrer dans votre couvent...

I v COMTESSE.

Mon oncle... j'allais vous le demander; je ne \eu\ plus rester ici, je suis trop malheureuse!... | Tenez, je donnerais la moitié de ma viepourn'a- Toir point été à ce malheureux bal. ..Mais voyons, que faut-il l'aire?

1 y COMMANDEUR.

Monsieur de Saillant a-t-il reconnu le chevalier?

LA COMTESSE

Non; le chevalier était masqué, et, par délicatesse pour moi sans doute, il a eu la prudence de ne donner ni son nom, ni son adresse.

LE COMMANDEUR

Eh bien ! il n'y a qu'un moyen à tenter.

LA COMTESSE

Lequel?

LE COMMANDEUR

C'est d'envoyer chercher à l'instant même le chevalier, et d'exiger de lui qu'il ne donne pas suite à celte affaire.

LA COMTESSE

Eviter!... Mon oncle, mais je n'ai pas le droit d'exiger quelque chose du chevalier, moi.

LE COMMANDEUR

Comment ! tu n'as pas le droit d'exiger quelque chose d'un homme qui t'a éloignée de tes devoirs?... d'un homme que tu as la faiblesse d'aimer étant la femme d'un autre ?

îv comtesse, joignant les mains.

Mon oncle !

Eh bien ! quoi ? mon oncle !

Je... je crois... je crois que je n'aime plus le chevalier; j'en suis même sûre... Mais ce n'est pas le tout; j'ai peur d'en aimer un autre... j'ai peur d'aimer Candale.

LE COMMANDEUR

Comment Me comte?... ton mari!... tu aimerais ton mari?

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