I.A COMTESSE
Dame, il m<> semble que je n'en serais pas jalouse, si je ne l'aimais pas.
LE COMMANDEUR
En voilà bien d'une autre à présent!... Tu aimes ton mari, et tu as signé hier la demande en séparation !
LA COMTESSE
Mais par jalousie , mon oncle; comprenez donc!... car nous en avions parlé de cette demande, et il était bien convenu que ni l'un ni l'autre de nous nr la signerait!... eh bien! cette «invention faite, il me remet cette demande signée de roi!... oh! alors! j'ai compris que bien réellement j'étais trahie... abandonnée!... alors j'ai signé a mon tour...
LE COMMANDEUR
Ma parole d'honneur, vous me ferez perdre la tête!... Mais, malheureuse enfant... mais tu sais
qu'il ne t'aime pas ton mari!... tu me l'as dit toi-même.
Hélas! oui.
LE COMMANDEUR
Tu sais qu'il en aime une autre!
LA COMTESSE
Oh ! mon oncle, ne me dites pas cela!
LE COMMANDEUR
Mais au contraire; mais je te le dirai... mais je te le répéterai sans cesse... car il faut que tu en guérisses de cet amour!
LA COMTESSE
Oh! jamais!... jamais !
LE COMMANDEUR
Jamais!... Mais voyons, ce n'est pas de tout cela qu'il s'agit... nous battons la campagne.
LA COMTESSE
Oui, et l'heure se passe, et pendant ce temps peut-être le chevalier...
LE COMMANDEUR
Il faut que tu l'envoies chercher.
LA COMTESSE
Oh ! non, mon oncle, non; plus dépareilles imprudences... Envoyez-le chercher vous-même, mais moi, pour sauver ma vie... je ne le ferais pas.
LE COMMANDEUR
Très-bien, Louise, très-bien, tu as raison... Marton ! Où êtes-vous, Marton ?
marton, sortant de la chambre.
Me voilà, monsieur le commandeur.
LE COMMANDEUR
Montez dans mon carrosse, faites-vous conduire chez le chevalier, et dites-lui que la comtesse a besoin de lui parler à l'instant même et l'attend chez elle.
MARTON
Oui, monsieur le commandeur.
Elle sort.
LA COMTESSE
Merci, mon oncle... Oh! si j'échappe de celleci, ce sera, je vous le jure, une leçon pour toute ma v ie.
LE COMMANDEUR
Tiens, j'entends Candale.
LA COMTESSE
Je me sauve, mon oncle... car j'oubliais de vous dire, hier, au bal, il m'a suivie, et je pense qu'il m'a reconnue.
LE COMMANDEUR
Tu crois?
LA COMTESSE
Je n'en suis pas sûre, mais n'importe. Je n'oserais jamais paraître devant lui avant de savoir si je me suis trompée... Je mourrais de honte. Mon oncle, s'il sait tout, tâchez de m'excuser... s'il ne sait rien, silence !
Elle se sauve.
LE COMMANDEUR
Sois tranquille.
UN MARIAGE SOUS LOUIS XV