ACTE I , SCENE I
RAFAËL
Et que, malgré cela, ils revenaient deux ou trois fois dans l'année... entre autres à Noël et à saint Jean... et qu'à dix heures du soir, sous le grand chêne du carrefour... en appelant trois fois : Asraodée... Tu me l'as dit I
VABGAS.
C'est possible !... Mais comment croire que votre tête ira s'exalter par de pareilles idées!... Chassez-les... car, lorsqu'elles vous possèdent... ce qui arrive souvent ... vous, si doux et si timide... on vous prendrait pour un fou... pour un illuminé!
RAFAËL
Tu dis vrai !... depuis ce matin, mon cerveau est brûlant... j'ai la fièvre... car c'est aujourd'hui saint Jean... Et si tout m'abandonne, me suisje dit... ce soir, à dix heures... j'irai sous ce grand chêne...
VARGAS
Vous?...
RAFAËL
J'appellerai trois fois Asmodée... et s'il me répond...
VARGAS, souriant.
Il ne vous répondra pas!
RAFAËL, avec colère.
Impie ! tu ne crois donc pas que Satan existe ?
VARGAS
Si vraiment !...
RAFAËL
Alors, il peut venir?...
VARGAS
Me préserve le ciel de l'en empêcher... Mais je dis seulement qu'avant de le déranger... il faut voir s'il n'y aurait pas quelques moyens...
RAFAËL
En connais-tu ?... lesquels?...
VARGAS
Peut-être pourrait-on s'adresser à quelque protecteur que l'on ne serait pas obligé de faire venir de si loin... Dans ce moment, voyez-vous, notre roi Ferdinand est atteint d'une mélancolie, d'une maladie noire, qui, souvent, dégénère en folie...
Est-il possible !
VARGAS
Maladie qui, depuis un événement que je connais mieux que personne, n'a fait que redoubler... Une jeune fille, dont il croit avoir causé la mort, et dont l'ombre le poursuit sans cesse... ce qui fait que le grand inquisiteur Fray Antonio, confident de sa majesté, jouit d'un grand pouvoir... et je suis l'homme du grand inquisiteur... Dans des occasions délicates et dangereuses , je lui ai déjà rendu des services désintéressés pour lesquels il m'a promis récompense, dés que nous aurons con-
gédié et renvoyé la reine en Portugal ; mais d'ici là, il ne me refusera pas sa puissante recommandation pour mon élève...
RAFAËL
Tu crois?...
VARGAS
J'en suis sûr... Il y a ce soir, dans cette forêt, une chasse aux flambeaux, où assistera toute la cour... car on ne sait quel moyen employer pour distraire le roi... et le grand inquisiteur qui ne le quitte que le moins possible, n'aura garde d'y manquer... Venez seulement rédiger votre demande...
RAFAËL
Et où cela ?
VARGAS
A la posada des Armes de Castille , où la cour doit s'arrêter... et, puisque vous étiez décidé à vous donner à Satan...
RAFAËL, secouant la tête.
Au fait... à lui, ou au grand inquisiteur...
VARGAS, haut.
Eh bien ! venez-vous ?
RAFAËL, le suivant.
Me voilà... me voilà, mon précepteur!
(Ils sortent par la droite.)
SCKNE II.
(Au moment où ils s'éloignent, ou voit Carlo entr'ouvrir les branches du chêne dans lequel il est caché.)
CARLO
RÉCITATIF
Le singulier récit qu'ici je viens d'entendre. Sur cet arbre où j'avais fui l'ardeur du soleil, Un songe heureux m'allait surprendre, Lorsque leurs voix ont troublé mon sommeM. (Il descend de l'arbre et regarde du côté par où iîafaèl
vient de s'éloigner.) Pauvre jeune homme, hélas !
AIR
Sans appui sur la terre, Sans amis, sans soutien, Je comprends sa misère; Car son sort est le mien !
Mais j'ai tort, il me semble, N'ai-jc pas une sœur !
Et malheureux ensemble, C'est presque du bonheur !
Tandis que lui !...
Sans appui sur la terre, etc., etc.
(Regardant autour de lui.)
Allons! allons !...
LA PART OU DIABLE
t. A VA UNE.
En chemin, Modeste pèlerin ,
Pour braver ou fuir le chagrin, Rêvons l'espoir d'un meilleur lendemain.
Du courage !
Si l'orage Aujourd'hui me poursuit, Le soleil qui luit, Demain, de ses rayons m'échauffe et m'éblouir. Compagne de ma vie, Ma sœur chérie, Avec toi le voyage Est sans nuage, Et Dieu qui protégea nos pas, Ne nous abandonnera pas.
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