‹ JudithChapitre 447 sur 547 · ACTE 1, SCENE · texte numérisé non relu

ACTE 1, SCENE

CASILDA.

Oh! non!... je l'aurais reconnu!... Ils s'éloignèrent rapidement. Mais le lendemain, un homme d'un âge et d'une figure respectables vint nous dire qu'une grande dame, à qui l'on avait parlé de mes lalens, voulait avoir une robe de cour faite par moi.

CARLO

Il n'y avait pas de mal...

Non ; mais il ajouta que cette dame était indisposée, qu'il fallait aller lui prendre mesure chez elle. Son carrosse était en bas, et comme j'hésitais, la senora Urraca y mit tant d'instance, que j'obéis, et nous partîmes, moi et le vieux monsieur à la figure respectable. La voiture roulait depuis bien long-temps... Mais nous allions disait-il, à l'autre bout de Madrid; bientôt je n'entendis plus le mouvement et le bruit de la ville... Je m'élançai à la portière qui était fermée. Nous étions sur la grande roule, et mon compagnon de voyage m'avoua que cette grande dame habitait la campagne; mais qu'on me ramènerait le soir même ; que c'était convenu avec la senora Urracca... Que pouvais-je faire, Carlo ?... Mes cris et mes efforts eussent été inutiles... J'étais en leur puissance; il fallait feindre de les croire, et après plusieurs heures de marche, nous arrivâmes à la nuit à une riche habitation, des lambris tout dorés, des lustres élineekins... Et un seigneur jeune encore, et d'une physionomie noble et distinguée, me dit en souriant : Rassurez-vous senora ; demain seulement ma femme pourra vous recevoir. D'ici là, calmezvous, voici votre appartement et de plus votre souper. Ne craignez rien... Je vous laisse... Et il sortit en fermant la porte.

CARLO

Ma pauvre sœur !

CASILDA.

Ah! je ne perdis pas courage... car je pensais à toi et à ma mère, et dés que je me vis seule... j'ouvris une des fenêtres; elle n'était pas bien haute cl donnait sur de vastes jardins , où, à l'aide de mes draps, je fus bientôt descendue... Je courus devant moi jusqu'à... un mur d'enceinte que l'on réparait, et qu'une brèche mepermitdefranchir... Depuis ce moment, je marchai toute la nuit, sans m'arrêter, sans savoir d'où je venais etoù j'allais! et au point du jour.. . épuisée de fatigue, j'arrivai à une hôtellerie à une lieue d'ici. C'est de là que je t'ai écrit, mon frère, et je ne crains plus rien... car je suis prés de toi..

CARLO

Tu as raison, sœur ; il ne faut plus retourner à Madrid. L'infâme à qui je t'avais confiée s'entendait avec les ravisseurs.

CASILDA.

Je savais que c'était aujourd'hui jour de fêle...

CARLO

Jour de saint Jean!

CASILDA.

Et que tu devais toucher l'orgue à Notre-Damedes-Bois.

CARLO

C'est fait , et après la cérémonie j'ai parlé à Mme l'abbesse, qui consent à te garder pensionnaire, à condition... que toute l'année je chanterai ici pour rien.

CASILDA.

Ah ! mon pauvre frère! encore un bienfait.

CARLO

Non, sœur, mon devoir et pas autre chose. ENSEMBLE.

Amitié, constance et courage!

Et pour braver les jours d'orage

Songe donc \

T > que du haut des deux

Je songe )

Notre mère a sur nous les yeux !

CARLO

Rien à craindre pour toi clans ce pieux asile.

CASILDA.

Mais lui! mon frère, lui !... je ne le verrai plus î

CARLO

Ah! bannis de ton cœur un espoir inutile...

CASILDA.

L'oublier!...

CARLO

Il le faut !... tes vœux seraient déçus. Je connais les desseins de sa noble famille ! CASILDA.

Je l'aimais tant !

CARLO

Sa naissance et son rang L'éloignent d'une pauvre fille.

CASILDA.

Je l'aimais tant !... O nouvelles douleurs!

CARLO

Allons ! allons !... sèche tes pleurs ! ENSEMBLE.

Amitié, constance et courage !

De ton cœur | De mon cœur j

Songe donc )

T t que du haut des cieux

Je songe ) *

Notre mère a sur nous les yeux !

CARLO

Oui, dans cette sainte demeure, Madame l'abbesse t'attend 1 Adieu, car bientôt voici l'heure Où l'on va fermer le couvent !

casilda, pleurant.

Te quitter!...

CARLO, doucement.

R le faut.

CASILDA, de même, lu reviendras!...

■ pour calmer l'orage,

LA PART DL DlABLIî.

CAHLO, l'embrassant.

Bientôt.

ENSEMBLE

\ initié, constance, courage, Pour nous va s'apaiser l'orage.

Tout nie dit que, du haut des cieux , Notre mère a sur nous les yeux, Kt nous bénira tous les deux!

Ils se jettent dans les bras l'un de l'autre, et Casilda entre dans le couvent.)

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