‹ JudithChapitre 449 sur 547 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

CARLO, assis au pied de l'arbre, et mangeant; la REINE et LE ROI , paraissant à droite , au fond du théâtre.

TRIO

LA REINE, à Ferdinand.

Appuyez-vous sur mon bras ; Quelques instans de marche en cette foret sombre Pourront calmer vos sens trop agités!... FERDINAND, soupirant.

Hélas!

LA REINE

Et l'on' ne peut tarder à rejoindre nos pas! FERDINAND, avec égarement.

Tout à l'heure, et de loin, j'avais cru voir son ombre Glisser rapidement sons ces arbres !

LA REINE

Qui donc ?

Quel fantôme a soudain troublé votre raison ?

FERDINAND, vivement.

Un fantôme!... oh! non... non...

Taisez-vous !

CARLO, assis au pied de l'arbre, et tournant le dos à la reiue et a Ferd inand, se met a chanter un air sans paroles.

Tra, la, la, la, la, Tra , la , la , la , la.

Ferdinand, à la reine qui veut aller à Carlo. Ecoutez !

CARLO

Tra , la , la , la . la , Tra, la, la, la, la.

FERDINAND, avec égarement.

Ah ! ce n'est pas possible !

Et cet air ! ces accens ! ... Qui donc est prés de nous ?

LA REINE

Un jeune paysan , à l'air timide et doux... FERDINAND, brusquement.

Qu'il approche...

( La reine fait signe à Carlo d'approcher. ) CARLO, à part.

Quel est ce monsieur irascible , A îa barbe en désordre , aux habits négligés , Auprès de cette dame et si belle et si fière ?

FERDINAND, à Carlo.

Cet air que tu chantais... qui te l'apprit?

CARLO

Ma mère Qui , près de nos berceaux par elle protégés, Le disait tous les soirs...

Ferdinand, brusquement.

Fais-moi venir ta mère !

CARLO

Hélas! elle n'est plus , et je suis orphelin !

FERDINAND. Ah! pardon!...

(Après un instanl de silence.) Viens ici.

(A voix basse.)

Redis-moi ce refrain ; Le veux-tu ':'

CARLO

Volontiers.

PREMIER COUPLET

Ferme ta paupière ;

Dors , mon pauvre enfant !

Ne vois pas ta mère

Qui prie en pleurant !

Plaignez sa misère

Et secourez-la,

Dame noble et fière

Brillante senora.

Donnez, donnez, sur cette terre, Dieu, dans le ciel, vous le rendrai

ACTIi 1, SCÈNE VI

ENSEMBLE

Tra, la, la, la, la, Tra, la, la, la, la, Tra, la, la, la, la, Tra, la, la, la, la, La, la!

FERDINAND

Ah ! sa voix douce et pure A calmé tous mes sens ; C'est elle , je le jure , C'est elle que j'entends !

LA KEINE

Ah ! sa voix douce et pure , Ses célestes accens , Des douleurs qu'il endure Ont calmé les tourmens.

FERDINAND, à part.

Dans mon cœur le calme renaît.

la REINE, à Carlo qui veut s'éloigner.

Encor, je t'en supplie... encore un seul couplet !

CARLO

DEUXIÈME COUPLET

0 grands de la terre !

O riches seigneurs !

Que notre prière

Arrive à vos cœurs?

Si ma plainte amère

Vous blesse déjà,

A notre misère.

Hélas, pardonnez-la?

A qui pardonne sur la terre Dieu, dans le ciel, pardonnera!

Tra, la, la, la, la,

Tra, la, la, la, la,

Tra, la, la, la, là,

Tra, la, la, la, la, La. la !

FERDINAND

Ah ! sa voix douce et pure Rend la paix à mes sens ; C'est elle , je le jure , C'est elle que j'entends !

LA REINE

Ah ! sa voix douce et pure , Ses célestes accens , Des douleurs qu'il endure Ont calmé les tourmens.

FERDINAND

Ah ! je me sens mieux... bien mieux... Je reviens à moi , je me reconnais... C'est vous, madame, dont la tendresse assidue...

LA REINE, lui montrant Carlo.

Silence!...

FERDINAND

Quant à toi, parle... Je ferai pour toi tout ce que lu me demanderas...

CARLO, le regardant.

S'il en est ainsi, je demande...

FERDINAND

Eh bien!...

CARLO

Que vous fassiez votre barbe et que vous ayez un habit plus beau pour donner le bras à une si belle dame...

Y penses-tu?

CARLO

Eh, oui! ça n'a pas de raison... ça n'est pas convenable.

LA REINE

Silence !

Ferdinand, se regardant.

11 dit vrai... (A Carlo.) Ce que tu me demandes,

je le ferai...

CARLO

Et m'est avis que vous ferez bien. (Regardant plusieurs seigneurs de la cour, qui se tiennent respectueusement à quelques pas de distance. Quels sont ces messieurs, qui nous ôtent leurs chapeaux?... Ils sont bien honnêtes !

FERDINAND, les saluant de la main.

Salut, messieurs ! (A un des seigneurs qui est habillé de noir.) Salut, Fray Antonio... Nous ne retournerons point avec vous à Madrid , car nous comptons suivre la chasse en voiture.

FRAY ANTONIO, s'avançant, étonné et à demi-voix.

Quoi !... votre majesté...

FERDINAND

Oui... il y a long-temps que je ne me suis senti aussi bien...

FRAY ANTONIO, à lui-même.

C'est d'un mauvais augure !... cela va mal pour nous.

FERDINAND

Malgré cela , je ne serais pas fâché de me reposer quelques instans à la posada des Armes de Castille. (A la reine.) Venez-vous, madame?...

LA REINE

Je vous rejoins !...

(Fray Antonio et les seigneurs sortent avec le roi, qu'ils entourent.)

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