‹ JudithChapitre 456 sur 547 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

(A gauche, le roi Ferdinand, dans un grand fauteuil et dormant, tandis que le grand inquisiteur et les courtisans sont debout derrière lui, dans une attitude respectueuse. A droite, la reine assise, environnée de ses femmes. Debout , près d'elle , se tient Carlo, en costume de page et richement habillé.

FERDINAND, la REINE, CARLO.

CHOEUR

Il dort, il dort!... que dans un doux repos Il rêve le bonheur et l'oubli de ses maux ! LA REINE, bas à Carlo.

Quel changement, depuis trois mois !

CARLO

Il va mieux chaque jour !

LA REINE

Oui, le mal qui l'oppresse Semble se dissiper aux accens de ta voix !

CARLO

Plus d'accès de fureur !

LA REINE

Plus de sombre tristesse !

Il dort ! il dort !... que dans on doux repos Il rêve le bonheur et l'oubli de ses maux !

LA REINE, bas à Carlo.

H veut même sortir et médite un projet Qui m'effraie !

CARLO

Et lequel ?

LA REINE

Notre ennemi secret , Le grand inquisiteur, sur lui cherche à reprendre Son empire!

CARLO

Et comment ?

LA REINE

Au sermon solejinel Qu'on prononce aujourd'hui Ferdinand doit se rendre; Il l'a promis.

(On entend sonner dix heures; le roi s'éveille.) LE GRAND inquisiteur, s'adressant au roi. Voici le sermon , sire !

LA REINE , à Carlo.

0 ciel .' carlo , bas à la reine.

Ne craignez rien !

le roi , se levant et s'appuyant sur le bras de l'inquisiteur.

Allons! partons !

(Carlo, qui est debout près du fauteuil de la reine et qui tient une mandoline, se met a en jouer et s'accompagne en chantant. Le roi s'arrête et écoule.) CARLO, chantant.

PREMIER COUPLET

Qu'avez-vous, comtesse ?

Et pourquoi cette pâleur?

D'où vient la tristesse Qui flétrit tant de fraîcheur ?

Je crains pour votre vie !

Ah ! je vous en supplie I...

Prenez ce médecin

Napolitain D'un savoir certain!

L'INQUISITEUR , au roi qui écoule.

Mais, sire, le sermon :

LE ROI

(A Carlo.) Dans un instant!... Achève ta chanson ! carlo, gaîment.

Signora Ammalata ,

LA PA11T DU DIABLE

He voilà !

Chacun dira :

Ces» Bellafior, Il gran doitor, Il salvator Délie Donzellc !

A ces yeux S langoureux A cette mine Si chagrine Hovedutor Presto, presto.

D'où provient ce mal Fatal ?

Un ignorant eût ordonné De la rhubarbe et du séné :

Mais moi , j'ai pour guérir Su découvrir Ln elissir...

La joie et le plaisir !

L'INQUISITEUR

Mais, sire, le sermon divin Fst commencé!...

LE ROI

C'est vrai !... Nous entendrons la fin. Ilàtens nous 1

(Il va pour sortir.) CARLO, reprenant le motif de l'air.

Une rude épreuve M'a frappée en mon printemps !

Hélas ! je suis veuve, Et je n'ai que vingt-cinq ans !

Je regrette à toute heure Le défuut que je pleure, Et vais bientôt mourir

De ce martyr Qui ne peut guérir !

L'INQUISITEUR, au roi.

Partons !

LE ROI

Plus rien que ce passage -la '■ CARLO, gaiment.

Signora Ammalata Ve lo giuro Vi guariro ! Son Bellafior Il gran dot loi Il salvator Délie

Donzellc.

Un mari Vous fut ravi , Et la tristesse Vous oppresse.

Pour la bannir Et pour tarir

fe

Tant de dool Et tant de pleurs, Un ignorant eut ordonné De la rhubarbe et du sent !

Mais moi, j'ai là pour vous Moyen plus doux ; C'est entre nous, De prendre un autre époux Presto, prssto, Un altro sposo.

L'INQUISITEUR

Mais, sire, le sermon l

le ROI, avec impatience.

Eh bien !

L'INQUISITEUR

Il est fini !

le roi, froidement.

Oh ! nous pouvons redire alors ce couplet-ci ; BépMe-le, Carlo.

CARLO, t'aiment.

Signora Ammalata Vélo giuro, Vi guar iro , Son Bellafior, Il gran dottor, Il salvator Délie Donzelle, Etc., etc.

le ROI, à l'inquisiteur.

Pour réparer un oubli sans pareil .

Que moi-même je déplore, Aujourd'hui je prétends présider mon conseil.

LA REINE

Bravo, sire I

L'INQUISITEUR

Ah ! c'est pis encore !

ENSEMBLE

Signora Ammalata, Ve lo giuro Vi guariro î Son Bellafior, Il gran dottor, Il salvator, Délie Donzelle.

(Le roi rentre dans ses appartemens. L'inquisiteur et les seigneurs et dames de la cour sortent par le

foud.)

LA REINE, souriant.

L'empêcher d'aller au sermon et le forcer d'aller au conseil !... Depuis trois mois, Carlo, lu as fait des miracles !... Et cependant le roi a encore un secret qu'il nous cache!... Des souvenirs douloureux ou cruels qui l'agitent, et dont le retour produit sur lui un état nerveux, voisin de la démence !

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