SCÈNE III
RAFAËL, puis VARGAS.
RAFAËL, regardant sortir Carlo.
Allons! allons, et quoique mon associé Sjil un peu cher, c'est égal... je ne me plains pas de mon marché. (Se retournant.) Qu'est-ce que je vois?... mon vieux précepteur, avec la chaîne d'or !
VARGAS
Oui, mon élève! un des douze huissiers du palais ! Voilà, malgré ses promesses, tout ce qu'a fait pour moi le grand inquisiteur!...
RAFAËL
Huissier du palais !... De quoi te plains-tu? le voilà dans le sanctuaire du pouvoir!
VARGAS
J'y fais entrer tout le monde et je reste à la porte! encore le grand inquisiteur ne m'y a-t-il placé que comme baromètre.
RAFAËL, étonné.
Comment cela?
VARGAS
Pour savoir par moi la hausse et la baisse de la faveur royale , être au fait de ce qui se passe à la cour et connaître ceux qui s'en vont... ou ceux qu' arrivent... Il parait que vous êtes de ceux-ci.
RAFAËL
C'est vrai!...
VARGAS
Et que vos affaires vont bien!...
RAFAËL
A merveille!... je suis au pinacle!... mais c'est que je ne me suis point adressé à un grand inquisiteur... au contraire... et j'ai pour moi un protecteur bien autrement puissant queFray Antonio et que la reine elle-même!...
VARGAS, l'embrassant.
Ah! mon élève! mon cher élève... si vous pouviez lui parler pour moi... cela arriverait bien à point... car je suis dans une position... fâcheuse... pour ne pas dire plus...
RAFAËL
Dis la vérité...
VARGAS
C'est que le récit est assez difficile... surtout pour moi, votre précepteur.
RAFAËL
Je ne le suis plus, et je suis officier...
VARGAS
C'est juste... Vous saurez donc que j'ai toujours éprouvé un dévoûment sans bornes pour les gens qui étaient en passe de s'élever, et un instinct irrésistible me poussait à m'y accrocher pour arriver avec eux...
RAFAËL
Il me semble que cela s'appelle de l'ambition...