‹ JudithChapitre 482 sur 547 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

CARLO, puis VARGAS et RAFAËL.

carlo, allant s'asseoir sur le fauteuil à droite près de la table.

Oui... courage!... Sj encore on pouvait, pendant quelques heures, laisser ignorer à Rafaël la succession qu'il vient de faire...

VARGAS, entrant avec Rafaël par le fond du tbéàtre.

Je vous le répète, c'est le notaire lui-même qui en apporte la nouvelle... votre oncle est mort! CARLO, à part, avec impatience.

Là!... encore ce Vargas!...

VARGAS

Sans pouvoir, comme il le voulait, léguer tous ses biens à l'inquisition.

rafael, froidement.

En vérité!...

VARGAS

II n'a eu que le temps de dire de vive voix au notaire... : « J'ordonne à mon neveu de prendre » Gil Vargas pour son intendant ! »

RAFAËL

A moi!... un intendant.... vrai cadeau du diable!... Et pourquoi cela?

Parce qu'il en faut un avec une fortune comme la vôtre... parce que vous avez six cent mille ducats.

rafael, froidement.

Ah ! ah !

VARGAS

Cela ne vous surprend pas?...

RAFAËL

Du tout... (Montrant Carlo.) Avec lui... et grâce à lui... je m'y attendais.

LA PART DU DIABLE

Raison de plus, maintenant, pour renoncera cet amour absurde el diabolique que vous vous êtes mis en tête.

carlo, à part, avec colère.

Nous y voilà !

v AI! G AS.

On peut choisir parmi les marquises et les duchesses, quand on a six cent mille ducats. CARLO, froidement.

Non pas... trois cents.

VARGAS

Comment , trois cents!

El ma part î

VARGAS

Ah : c'est trop fort !... c'est trop juif! rafael, riant.

C'est pis qu'un intendant.

vargas, avec colère.

!'.! vous pourriez souffrir...

RAFAËL

Donne-moi le moyen de faire autrement ? Quand je pense que toi qui parles... toi qu'on vient de me donner pour intendant, tu es a lui pour moitié, s'il le veut.

VARGAS

Laissez donc !

RAFAËL

Oui , s'il le veut... Tu auras beau dire et beau faire, il faudra que lu lui appartiennes. VARGAS, avec colère.

C'est ce que nous verrons!... car je n'entends pas que vous sojez dupe plus long-temps d'une fourberie et d'une imposture pareilles...

rafael, écoutant un bruit de tambour lointain.

Tais-loi !... c'est le roi et la reine qui , pour la réception de l'ambassadeur, se rendent à la salle

du trône Et, nous autres, du régiment des

gardes, devons former la haie sur leur passage!

Peu importe ! (Montrant Carlo , qui depuis quelques minutes vient de s'asseoir et d'écrire à la table à droite.) Et puisque vous prétendez que c'est le Diable en personne... (Prenant un des pistolets que l'iafaèl porte à sa ceinture.)

RAFAËL

Prends garde... il est chargé!

VARGAS

C'est ce que je veux, cl en l'essayant sur lui... vous verrez bien. ..

RAFAËL

Que lu perdras ta poudre et Ion temps. (Vive- •. Le roi !...

Il tiie son épée, et va se mettre en rang avec les autres officiers et soldats qui sont en liaie dans |a galerie , présentant les aime-, au roi, et tournent le dos aux spectateurs. On entend dans l'orchestre le bruit lointain du tambour, qui est censé battre, dans les < ours du palais.) *

vargas, pendant es temps, s approchant de Carlo qui est a la table à écrire, el à demi-voix. Prétendu démon ou sorcier, pourrais-tu nie dire ce qui va l'arriver?

CARLO, sans tourner la tète.

Non , mais je puis l'apprendre le sorl qui t'attend... Ravisseur d'une jeune fille dont tu voulais faire la maîtresse du roi, tu seras pendu dés ce soir.

vargas, interdit.

Pendu ! ..

CARLO

De par la reine... (Montrant le papier qu'il vient d'écrire.) qui va en signer l'ordre. VARGAS, tremblant.

Pendu!...

CARLO

Mais, au contraire... je t'offre ta grâce si lu conviens de tes intelligences avec Fray Antonio.

VARGAS

J'en conviens...

Carlo.

Des lettres que tu reçois pour lui de la cour de Sardaigne...

VARGAS

J'en conviens !... et même j'en ai là une toule petite... que j'allais lui porter...

carlo, vivement.

La protection de la reine et la place de majordome, si tu me remets cette dépêche.

VARGAS

La voici... la voici... (Tombant à genoux.) Vous tenez vos promesses mieux que l'inquisition, et je suis à vous corps et àme !

'-Pendant le dialogue précèdent, qui a été débité rapidement sur le devant de la scène, le roi, la reine et toute la cour ont passé au fond du théâtre, devant les officiers qui forment la haie. Le délité est achevé. Hafaël , qui était à la porte du fond , présentant les armes au roi, se retourne en ce moment, et voit son précepteur aux genoux de Carlo.)

RAFAËL , riant.

Et lui aussi!... Quoi! mon précepteur, vous qui aviez pris les armes contre l'enfer... vous qui vous vantiez de ne pas lui céder... c'est bien pis que moi encore!... vous vous donnez corps et àme!... Oh ! lu l'as dit, je l'ai entendu, et tu as bien fait ; tout va maintenant te réussir. VARGAS, balbutiant, l'ermellez, monseigneur...

CARLO

Silence!... pas un mot à ton élève.

VARGAS

Je me tais.

CARLO

Cl, maintenant, laisse-nous.

vargas , faisant quelques pas pour sot tir. Je m'en >ais.

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