SCÈNE
Ton langage, nourrice, a manqué de prudence. Lajnaison d'une épouse est un temple sacré, Oùjnème le soupconjiej;oit jamais entré; Et son époux absent estjinc loi plus forte, Pnnrj^nft tnnte rumeur se taise vers sa porte. LA NOURRICE.
Ce zèle rigoureux me semble aller trop loin:
La joie est de votre âge un innocent besoin.
Pendant qu'on tient des dieux la jeunesse, on est sage
De fêter cette hôtesse au rapide passage.
Quelle prise y voit-on à la malignité?
Et qu'est-ce, enfin, qu'un bruit qui n'est pas mérité?
L'honneur ne dépend [tas d'un injuste caprice ;
Et quand le cœur est pur, il suffit.
LUCRÈCE
. Non, nourrice.
wCe n'est pas assez bien respecter la pudeur, 'loue d'avoir seulement son culte au tond du cœur : (il faut lui rendre hommage à la face publique; ]Pour être vraiment chaste , il faut être pudique ; /Et comme vers ce but tout doit être tourné, ^G'est être criminel que d'être soupçonné. \/
LA NOURRICE
Eh bien! soit. Prolongez cette retraite austère; Défendez aux plaisirs votre seuil solitaire; Mais, cessant d'ajouter la fatigue aux ennuis, Que le travail au moins n'abrège pas vos nuits. Le sommeil entretient la beauté du visage; L'insomnie, au contraire, y marque son passage. Gardez que votre époux, de son premier regard, Ne vous trouve moins belle au retour qu'au départ.
LUCRÈCE
Tu me presses en vain : je veux rester fidèle ,
6 Acii; i.
Par mon aïeule instruite, aux mœurs que je tiens d'elle; Les femmes de son temps mettaient tout leur souei A surveiller l'ouvrage, à mériter ainsi Qu'on lût sur leur tombeau, digne d'une Romaine: « Elle véeul chez elle, et fila de la laine. » Les doigts laborieux rendent l'esprit plus fort, Tandis que la vertu dans les loisirs s'endort. Aussi, celle qui prend l'aiguille de Minerve, Minerve, applaudissant, l'appuie et la préserve. Le travail, il est vrai, peut ternir ma beauté; Mais rien ne ternira mon honneur respecté; Et, si je dois choisir injure pour injure, La ride au front sied mieux qu'au nom la flétrissure. C'est assez: le temps passe à tenir ces propos; Quand la langue se meut, la main reste en repos. Poursuivons notre tâche. Allons !