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SCÈNE III

Plus vous vous ramassez de boutes à contraindre, Plus, en se dévorant, la vengeance est à craindre.

BRUTE

Vous avez deviné, Lucrèce; et cet aveu,

A Lucrèce adressé, me doit alarmer peu.

Oui, j'ai quitté mon nom, mais pour mieux le reprendre;

J'accepte tous leurs coups, mais pour mieux les leur rendre.

LUCRÈCE

0 sombre profondeur de ce ressentiment !

Je n'y plonge pas l'œil sans un tressaillement.

Mais puisque l'amitié put percer votre ruse,

Gardez que l'ennemi ne sente qu'on l'abuse.

N'oubliez pas qu'en vous, par deux contraires sorts,

Le corps doit tuer l'âme, ou Lien l'âme le corps;

Que, vivant sous Tarquin, vous vivez sous la hache;

Qu'une erreur la suspend, qu'un soupçon la détache;

Qu'un instant vous trahir c'est lui tendre le cou,

Et que vous êtes mort si vous n'êtes plus fou.

Quand je pense aux effets d'un seul propos, je tremble.

A'ous aviez trop raison aujourd'hui , ce me semble.

Votre folie était l'ivresse du bon sens,

Et vos traits contournés n'étaient que plus blessants.

Ce langage hardi

BRUTE

J'en peux user sans craindre.

Plus librement je parle, et moins j'ai l'air de feindre. Pour paraître sincère et non l'effet d'un choix, Il faut (pie ma folie ait raison quelquefois. La franchise, d'ailleurs, passe pour insensée, Tant chacun met de soins à cacher sa pensée; Et ces temps malheureux ont faussé tous les cœurs, Au point que la droiture est matière aux moqueurs. Ne croyez pas non plus, pour m'avoir su comprendre,

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