‹ JudithChapitre 51 sur 547 · LE DIX · texte numérisé non relu

LE DIX

Oh ! j'y serai, madame , j'y serai, je vous le jure!

LA COMTESSE

Partez donc , et que le ciel soit pour vous. Adieu !

LE DUC

Adieu, madame.

LA COMTESSE , qui a fait quelques pas pour retourner au château, s'arrête tout ù ccup et regarde attentivement dans le lointain.

Ciel!

LE DUC , accourant auprès d'elle. Qu'est-ce donc?

LA COMTESSE

Mon mari !

LE DLC.

Vous a-t-il vue ?

LA COMTESSE

Non, mais le chevalier Otto peut-être...

LE DUC

Fuyez!

LA COMTESSE

Comment? sans être aperçue...

LE DUC

Ils viennent par ici.

LA COMTESSE

Où me cacher?

LE DUC

Là , derrière celte porte. (Il indique le pavillon.) LA COMTESSE.

Mais vous ?

LE DUC

Ce taillis.

( Il se jette dans la charmille, après que la comtesse a disparu dans le pavillon. )

SCÉiNE VI.

LE Chevalier OTTO , le COMTE.

OTTO , paraissant d'abord seul , précipitamment , de manière à indiquer qu'il a vu la comtesse. Elle ! dans ce pavillon! ( Courant au devant du comte qui entre lentement , la tête baissée.) Cher comte , je vous en prie , dirigeons notre promenade d'un autre côté... j'ai horreur des sites mélancoliques.

* Le duc, la comtesse.

LA COMTESSE 1) ALTENBERG

le comte.

Vous nie quitterez daus un instant. Pour moi, ce n'esl pas sans dessein que je suis venu ici. * OTTO.

Comment !...

LE COMTE

"t ne affaire m'y appelle.

"TTO , a part.

Aurail-il ?u la comtesse? Oli ! non, il ne serait pas aussi calme... Ma foi , si je u'avais pas une conliance aussi robuste... Allons donc, est-ce que cela est possible?...

LE COMTE

Chevalier , je voulais causer avec vous.

OTTO

Je vous écoute.

LE 80MTE.

Au sujet de Mme de Rosenlhal.

OTTO , vivement.

Dirigeons-nous du côté de la pièce d'eau.

Mon , restons ici ; je serai plus certain que personne ne pourra nous euteudre.

OTTO, à part, jetant les yeux sur le pavillon. Oui.

LE COMTE

Vous êtes des amis de la baronne , et quelques mots dits par vous pourraient calmer son juste ressentiment.

OTTO

La leçon qu'elle a reçue chez vous a été rude.

LE COMTE

Je l'en ai bien vengée, chevalier, croyez-vous qu'elle consente à revenir ?

OTTO

Je ne sais vraiment... Le prince de Valdeck lui offre , dit-on , sa fortune et sa main.

LE COMTE

Elle a tout refusé , chevalier. Oh ! mais ditesmoi que je la reverrai, que vous emploierez pour cela votre crédit ; je suis d'une inquiétude mortelle.

OTTO

Plus bas, cher comte... si quelqu'un se promenait daus le parc... (A part.) Cette pauvre comtesse qui va entendre tout cela de ce pavillon.

LE COMTE

Depuis son départ , je ne sais ce que j'éprouve, un vague ennui m'assiège et me poursuit partout. Ce château, ce domaine, auxquels pourtant se rattachent depuis mon enfance toutes mes idées de bonheur et de joie, me semblent à présent de sombres déserts. J'ai beau changer de place, nulle part je ne me sens à l'aise ; la société de mes meilleurs amis me gène, et j'ai peur de ma trouver >eul. Vainement je cherche à comprendre ce sentiment indéfinissable qui attache, malgré moi, mon repos à la présence de celle femme , et qui

' Otto, le comte

me rend le plus malheureux des hommes, sans que je puisse même savoir de quel nom je dois l'appeler.

OTTO , à part.

Je le sais bien, moi. (Haut.) C'est de l'amitié... rien de plus... une affection pure...

LE COMTE

Oui , elle est pure , je l'atteslc ; et jamais le comte d'Allenberg n'oubliera ce qu'il doit à son nom , à celle qui le porte.

OTTO

Bien.

LE COMTE

Mais ne me dites pas que ce soit de l'amitié. Non, non , chevalier, c'est de l'amour, mais un amour indomptable, furieux, qui m'ôte le sens et la raison...

OTTO, à part, avec contrariété.

Il n'en aura pas le démenti.

LE COMTE

C'est une fascination, un charme, un sortilège qui me tient dans des liens de fer et contre lequel j'essaierais vainement de lutter. Je conçois les passions violentes, les désastres, les excès qu'a causés cette femme ; je conçois qu'on se soit battu , ruiné , tué pour elle. Et pourtant je ne suis pas comme vous, un jeune homme au cœur impétueux que séduit tout plaisir nouveau. Le front du comle d'Altenberg était calme et grave comme les tours massives qui couronnent ce berceau de pierre où notre race a grandi. Une femme à changé tout cela , elle a triomphé de ma sauvage nature ; je m'étudie, pour lui plaire, à imiter les grâces futiles d'un courtisan. Mes idées, mes habitudes , mes devoirs , j'ai tout sacrifié pour elle , tout , jusqu'à l'affection que j'avais pour ma femme.

OTTO, vivement.

Taisez-vous , cher comte , cela n'est pas, vous avez toujours pour votre femme la même affection.

LE COMTE

Chevalier, cela est horrible à dire, mais je reconnais avec terreur qu'une froide estime est l'unique sentiment que mon cœur ingrat ait gardé pour la comtesse ; et ma lâche conscience, pour s'affranchir du remords, va même parfois jusqu'à désirer moins d'éclat à celte verlu qui s'arme contre moi de tout le respect dont elle est entourée; je m'en accuse, je me détesle moi-même, mais que puis-je contre ma destinée?...

OTTO, à part.

Essayez donc d'abuser la comtesse après cela!...

LE COMTE

Je comple donc sur vous, chevalier, pour ramener ici Mme de P.osentha!. Si elle ne revient pas, ce sera moi qui irai la chercher, quelque scandale qu'il en puisse résulter. A lotit prix, il faut

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