SCÈNE III
BRUTE, SEXTUS, TDLLIE.
SEXTUS
C'est selon vous, Tullie , un récit mensonger;
Mais attendez. Voici l'homme qui va juger.
Bien que de sa raison le grossier crépuscule
Lui montre chaque point sous un jour ridicule,
Ses yeux sont bons pour voir ce qui frappe les veux :
Son sens est d'un enfant, et n'en vaudra que mieux.
Prête l'oreille, Brute, et dis-nous si j'invente.
Je contais qu'égalant la déesse savante,
Lucrèce consumait au sein d'obscurs travaux
Un lustre de beauté qui n'a point de rivaux.
Mais en vain je m'écrie, en vain j'atteste Hercule,
Lucrèce, au port divin, rend Tullie incrédule.
Tes yeux furent témoins; je m'en rapporte à toi.
BRUTE
Quand le berger troyen, le ravisseur sans foi, Far qui devait périr la race paternelle , Fut choisi pour donner la pomme à la plus belle, Ce n'est pas a Palias qu'il décerna le prix: Le berger dissolu prononça pour Cypris.
SEXTUS
Que dis-tu de Cypris, ù Brute, trois fois brute! Parle-nous de Lucrèce.
TULLIE
Importante dispute!
Il sera bon d'apprendre à la postérité Qu'un prince, un lils du roi Tarquin, a déserté, Comme un mauvais soldat, le camp qui le réclame,
Pour venir s'assurer des beaux yeux d'une femme.
Voilà qui sied au sang dont vous êtes issu ,
Qu'un descendant d'Énée, occupé d'un tissu,
Et mettant son orgueil à choisir de la laine,
Comme un autre Paris, aux pieds d'une autre Hélène.
SEXTl S.
Tullie!
tullu:.
Eh ! quoi ! Sextus , ne me disiez-vous pas Qu'un travail domestique est pour vous plein d'appas, Et le bruit des fuseaux n'a-t-il pas tant de charmes Qu'il vous fait oublier ici le bruit des armes? Certes, votre Lucrèce a le cœur haut placé; Au niveau d'un esclave il se trouve haussé; Et, comme elle est savante à tenir la quenouille, Devant un tel mérite il faut qu'on s'agenouille. Pourtant, je me souviens d'avoir vu quelque part Une vieille suivante, habile dans cet art, Qui, mise à la besogne, eût pu se montrer digne De disputer à l'autre une victoire insigne
SEXTUS
Sans doute il convient mieux, et Je lustre est plus grand,
D'avoir sa porte ouverte à tout premier entrant,
De savoir discerner le plus fort à la lutte,
Le danseur le plus souple, et la meilleure Unie,
D'être la plus adroite au jeu de l'osselet,
De se blanchir le teint par l'usage du lait,
Afin d'entendre dire à la foule empressée
Qu'auprès l'ivoire est pâle et la neige effacée,
De sourire à propos à tout ce qui se dit,
Le corps deini-couché sur les coussins d'un lit,
Appelant le zéphir par les plumes mouvantes
Qu'autour de leur maîtresse agitent les servantes,