‹ JudithChapitre 517 sur 547 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

Puisque vous m'avez pris pour juge, entendez-moi. Est-ce que les brebis aux loin es sont pareilles? Est-ce que les frelons visitenl les abeilles? Non. Chacun suit la voie où l'entraînent ses goûts. Pourquoi donc parlez-vous de Lucrèce entre vous? Qu'avez-vous de commun? Je vous dis une chose: Le silence est la loi que ce nom vous impose.

SEXTLS.

Vos derniers mots, Tullie, ont trop su m'informer Qu'un hôte tel que moi vous pourrait alarmer. Je nie retire donc.

(Sexlus sort )

BRUIT, TÛLLJË.

BRUTE

Qu'en pensez-vous, Tullie?

Trouvez-vous que ce soit assez être avilie? Qu'espérez-vous encor qui soit plus infamant? Ne vous suffit-il pas des mépris d'un amant? Et pour rassasier un cœur comme le votre, Vous faut-il essayer des mépris de quelque autre? Dites-moi donc, Tullie : est-ce là le tableau Que devait éclairer le solennel flambeau? Kst-ce doue pour cela qu'à la main du tlamine Vous avez présenté le gâteau de farine, Et, qu'offrant à Junon des victimes sans fiel, Vous l'avez attestée, au devant de l'autel? Quand, la tète voilée et ceinte de verveine, La robe jointe au corps par un bandeau de laine, La quenouille à la main, vous avez pénétré

Au delà de ce seuil à Vesta consacré, A.viez-vous résolu d'en chasser la déesse Par L'impie appareil de votre folle ivresse? Si le ciel, qui voulut affaiblir ma raison, M'interdit de régir moi-même ma maison, Déviez-vous pas bien mieux soigner d'un œil austère L'honneur dont vous étiez seule dépositaire? Et combien votre nom serait-il rehaussé Si vous aviez vécu pour le pauvre insensé! C'était là le sujet d'une gloire suprême , Et vous vous la deviez, si ce n'est à moi-même. Vous pouviez surpasser Lucrèce-, comparez Quelle vous pouviez être et quelle vous serez. Assez de honte ainsi! que tout cela finisse! 11 n'est plus qu'un moyen qui vous en affranchisse. Tullie, écoutez-moi. Ce que je vous dirai Par la seule pitié m'est pour vous inspiré. Vous m'êtes, quant à moi, tellement étrangère, Que mon indifférence a tué ma colère, Et j'ai de toute aigreur fait un tel abandon Que l'extrême dédain remplace le pardon. Prenez donc mon conseil, comme je vous le livre, Et vous verrez après si vous le devez suivre. Moi , si j'avais commis quelque indigne action , Je chargerais mon bras de ma punition; J'expirais mon forfait par un lier sacrifice, Plus grand, dans sa rigueur, que toute autre justice Je voudrais délier aucun ressentiment D'oser plus loin que moi pousser mon châtiment; Je voudrais, dût la mort être mon seul refuge, Cacher le criminel dans la gloire du juge. (Reprenant une attitude humble.)

Voilà ce que j'axais à dire. (Brute sort.)

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