‹ JudithChapitre 67 sur 547 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

LE COMTE, seul, revenant à l'endroit que lui a indiqué le prisonnier.

Ce sang, bêlas ! c'est celui de ma mère, et c'est mon père qui le versa ! Ici le meurtre, mais là Je déshonneur! L'un tua le corps... mais l'autre avait lue l'Ame! A Dieu seul de juger. Et pourtant la cause de mon père esl la mienne ; c'est le même crime, c'est le même bourreau. Ainsi que mon père, je dois compte aux miens du dépôt sacré de leur honneur, qui me fut confié. Oui, mon père fit bien ; et ce n'est pas assez que je l'approuve, il me le faut imiter. Ma pauvre mère, est-ce à moi de la maudire!... Voici son image et le voile funèbre dont je la recouvris le jour où je fermai moi-même les portes de ce pavillon. Si elle fut un jour une épouse coupable, jamais elle ne cessa d'être une mère aimante et adorée. Qu'une fois encore je la revoie ! (Il fait glisser le voile.) C'est bien elle ! Pauvre femme ! si jeune, si belle, douée de tous les avantages qui font chérir la vie! Mourir si jeune et si malheureuse! oh! c'est affreux! (Il pleure.) Son dernier embrassement fut pour moi, son dernier \œu fut pour le bonheur de son unique fils! Qu'est-il devenu, ma mère, ce bonheur que vous invoquiez pour moi?... Amélie aussi est belle et séduisante comme vous l'étiez; comme vous, elle aime et chérit son unique enfant; et pourtant elle aussi, ma mère, elle va comme vous mourir... mourir d'une mort cruelle et déplorable! Adieu! ma mère! adieu!... Voilons ce portrait, car j'ai besoin de tout mon courage et de toute ma raison... (Marchant avec agitalion.) Mais si cette raison n'était qu'une démence infernale... si ce courage n'était qu'une lâche cruauté... si je m'abusais... si mou Amélie était toujours cet ange de pureté que bénissent les malheureux?... Tant de vertu, tant de piété, un si long dévoùment tant de fois éprouvé, tout cela ne serait-il qu'hypocrisie et mensonge?... Oh! si je pouvais douter ! si, en cherchant la preuve du crime, je pouvais trouver le moindre indice de son innocence!... Allons, jusqu'au retour de Johann, rien n'est prouvé encore. (Johann entre.) Le voici ! que va-t-il m 'apprendre?

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