SCÈNE VI
La COMTESSE , MARIE.
LA COMTESSE
Ma fille! viens ! Oh ! viens sur mon cœur! ma chère Marie. Pourquoi ce matin ne t'ai-je pas vue? dis! c'est la première fois que ton baiser me manque à mon réveil.
MARIE, froidement et les yeux baissés.
Ce matin, lu avais défendu que personne n'entrât dans ton appartement.
Défendu ! moi ?
MARIE
Mon père me l'a dit.
LA COMTESSE
Ton père ?... Ah! c'est juste! oui, je me rappelle... Mais cela n'était pas pour toi, Marie; c'est une méprise, tu sens bien. Enfin, te voilà, n'y songeons plus... Ta présence me fait tanl de bien ! aujourd'hui surtout! si tu savais... Embrasse-moi. (Voyant que Marie ne fait aucun mouvement.) Mais qu'as-tu donc? lu parais inquiète, préoccupée, froide ! Marie, oh ! mon Dieu ! rassure-moi bien vite, il me semble que tu m'aimes moins ? MARIE , sans relever les yeux.
Peux-tu le croire?
LA COMTESSE
Comme tu me dis cela I Tu ne m'en veux plus, n'est-ce pas, de ce qu'hier je t'ai parlé sévèrement? c'était pour ton bien, vois-tu, mon enfant. Ecoute... (Avec un naturel composé.) il peut se faire que j'entreprenne bientôt un grand voyage... et puis, je ne serai pas toujours là pour l'aider de mes conseils. Il faut donc apprendre à le diriger toi-même. Tu as commis une grande faute, Marie, l'unique moyen de la réparer, c'esl de ne plus revoir ce jeune homme, entends-tu ? Tu souffriras, je lésais. (Essuyant ses yeux.) Cela fait tant de mal de renoncer au bonheur qu'on s'était promis! mais que veux-lu, nous autres femmes, nous sommes au monde pour souffrir... Ce jeunehomme, je te le répèle , quelles que soient les promesses qu'il t'ait faites, il n'a ni la volonté ni le pouvoir de les tenir.