‹ Judith et Esther, mois de Marie du XIXe siècleChapitre 19 sur 72 · R SIXIEME JOUR · texte numérisé non relu

R SIXIEME JOUR

Invocations. — Épargnez, Seigneur, épargnez votre peuple : ne soyez pas toujours irrité contre nous.

0 Marie, secours des chrétiens, priez pour l'Allemagne.

Pratique. — Réciter de cœur les actes de foi, d'espérance et de charité.

Yii'' jorii.

Judith sort de Béthulie.

Judith avait prié toute la nuit, le visage prosterné contre terre. Il était environ deux heures du matin, lorsqu'elle se releva, appela une de ses suivantes, descendit de son oratoire et quitta ses habits de veuve. Elle se lava le corps, se l'oignit d'un parfum précieux, sépara ses cheveux en différentes tresses, se mit sur la tète une coiffure magnilique, ornée de pierreries, se revêtit des habits de sa joie, prit une chaussure trèsriche, des bracclels, des pendants d'oreille, des bagues, se para enfm de tous ses ornements. A cette brillante parure le Seigneur ajouta un nouvel éclat, parce que tout cet ajustement n'avait pour principe aucun mauvais désir, mais la vertu. Ainsi ornée, Judith était d'une beauté incomparable.

4 0 SEPTIÈME .rOI'R.

Afin de ne point se souiller par les viandes des gentils, elle fit porter à sa suivante une outre de vin, un vase d'huile, de la farine, des figues sèches, du pain et du fromage, et partit ainsi. Arrivées à la porte de la ville, elles trouvèrent Ozias et les anciens du peuple, qui attendaient. En voyant Judith, ils furent tellement fascinés par l'éclat de sa beauté, qu'ils la laissèrent passer sans lui adresser aucune question. Ils se contenlèrent de lui dire : « Que le Dieu de nos pères vous donne sa grâce, et c[u'il affermisse toutes les résolutions de votre cœur, afin que Jérusalem soit glorifiée en vous et que votre nom soil au nombre des saints. »

Cependant Judith, se recommandant à Dieu, passa la porte, elle et sa suivante. C'était au point du jour. Comme elle descendait de la montacne, les vedeUes des Assv-

.FUDÎTU SORT DE BÉTRULIE. 41

riens l'aperçurent et l'arrêtèrent, en lui disant : (( D'où venez-vous, et où allez- vous ( I ) ? » Elle répondit : « Je suis une fille des Hébreux; je me suis enfuie d'avec eux, parce que j'ai reconnu qu'ils vous seront livrés, pour n'avoir pas voulu se rendre à vous volontairement. C'est pourquoi je me suis dit : J'irai trouver le prince Holoferne, pour lui découvrir leurs secrets et lui donner le moyen de les prendre sans qu'il perde un seul honmie. »

En l'écoutant, leurs yeux demeuraicnl fixés sur son visage, tant ils étaient ravis de sa beauté.

« Vous avez sauvé votre vie, lui dirent-ils, en prenant la résolution de descendre vers notre prince. Lorsque vous paraîtrez devant

(I) Dans une guerre juste, comme celle des Juifs contre les Assyriens, non-seulement l'emploi de la force ouverte est légitime, mais encore celui de la force cachée ou de la ruse. 11 est permis d'induire en erreur ceux qu'il est permis de tuer. Ruse et stratagème sont iiidiU'érents de leur nature : tout dépend du but auquel on les fait servir. Le but de .luditli, inspirée de Dieu,

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kii, soyez sûre qu'il vous traitera bien et que vous lui gagnerez le cœur. » Ils la conduisirent donc à la tente d'Holoferne et l'annoncèrent. Holoferne l'eut à peine vue, qu'il fut pris par ses yeux. Il était assis sous son pavillon, dont les draperies étaient de pourpre, brodées d'or relevé d'émeraucles et de pierres précieuses. Judith, ayant jeté les yeux sur son visage, se prosterna devant lui. Les gens d'Holoferne s'empressèrent de la relever par l'ordre de leur maître.

Alors Holoferne lui dit ; « Ayez bon courage ; bannissez de votre cœur toute crainte. Mais dites-moi d'oii vient que vous avez quitté votre peuple et que vous vous êtes résolue de venir vers nous? » Judith lui répondit : Accueillez les paroles de votre servante, parce que, si vous suivez les avis de votre servante, Dieu achèvera d'accomplir à votre égard ce qu'il a résolu. La puissance

étant bon, ses paroles comme sa parure n'ont rien que de louable. C'est une ruse de guerre, voilà tout. Voir ('orn. a Lap., /// Judith, c. xii.

JUDITH SUKT ME BEIUUDE. 4"'

de Nabuchodonosor, roi de la terre, est en vous, pour châtier tous ceux qui lui résistent. La sagesse de votre esprit est célèbre parmi toutes les nations, et on ne parle dans tout le pays que de votre habileté dans la guerre.

« On n'ignore pas non plus ce que vous a dit Achior et de quelle manière vous avez commandé qu'il fût traité. Les Israélites savent qu'ils ont ofiensé leur Dieu, et la terreur de vos armes les a saisis. Ils sont de plus désolés par la famine, et on peut déjà les tenir pour morts par la soif qui les brûle. Ils ont même résolu de tuer leurs bestiaux pour boire leur sang, et de manger les choses consacrées à Dieu, auxquelles il ne leur est pas permis de toucher. Puisqu'ils se conduisent de telle sorte, il est certain qu'ils vous seront livrés. Ce que moi, votre servante, connaissant, je me suis enfuie d'avec eux pour vous annoncer toutes ces choses. »

Tout ce discours plut à Holoferne et à ses officiers. Ils admiraient la sagesse de Judith et se disaient l'un à l'autre : « Il n'y a point dans toute la terre de femme sembla-

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