ASSUÉRUS
Environ quatre cent cinquante ans avant la naissance de Notre-Seigneur, le grand empire des Perses et des Mèdes était arrivé au faîte de sa puissance. Il s'étendait depuis l'Inde jusqu'à l'Ethiopie et se divisait en cent vingt-sept provinces. Sur le trône de cette monarchie, plus étendue que l'Europe, était monté, depuis trois ans, un roi, nommé Assuérus. Afin de donner à ses peuples une idée de sa magnificence, il voulut se faire couronner, dans la ville de Suse, capitale de l'empire.
Suse, dont le nom est aujourd'hui C/iouster, signifie la ville des lis. Cette fleur à la blanche couleur et au suave parfum abondait dans la vaste plaine au milieu de laquelle était assise, sur les rives d'un beau fleuve, l'opulente cité. Telle était la douceur du climat, que les rois de Babylone faisaient de Suse leur résidence d'hiver, en sorte,
disent les historiens, que ces monarques voluptueux avaient trouvé le moyen de jouir d'un printemps perpétuel (1).
A l'occasion de son couronnement, Assuérus donna un grand festin à tous les princes de sa cour, à tous ses officiers, aux plus braves d'entre les Perses, aux premiers d'enti'c les Mèdes, aux gouverneurs des provinces : et lui-même y prit part. Ce festin se renouvelapendant cent quatre- vingts jours(2). Comme il avait pour but de montrer la gloire, les richesses, la grandeur et la puissance de son empire, le monarque y déploya un luxe vraiment' babylonien.
Nous allons en juger par le banquet qu"il donna à tout le peuple.
(1) Xéiioph., Ci/rop., lib. VIII
(1) Xeiioph., Ci/rop., lib. Mil.
(?) Il est remarquable que, dans les temps modernes, il est encore d'usage en Perse de faire des festins annuels qui durent cent quatre-vingts jours. Le docteur Fyer, qui a vécu dans ce pays de 1672 à 1C8I, en a été témoin.
ASSL'KKUS. 91
Quand le festin des grands fut terminé, Assuérus en donna un ;\ tout le peuple de Suse, depuis le plus grand jusqu'au plus petit. Les tables furent dressées dans le parc du palais, à l'ombre d'arbres magnifiques, plantés par la main des rois. Toutes les allées étaient transformées en tentes splendides. De tous les côtés pendaient des tentures de couleur bleu céleste, blanc et hyacinthe. Elles étaient soutenues par des torsades de fm lin teintes en écarlate, passées dans des anneaux d'ivoire et retenues à des colonnes de marbre. Les lits de table étaient d'or et d'argent, rangés sur un pavé vert d'émeraude et de marbre blanc, embelli de fiaures d'une admirable variété.
Pour tous les convives, les coupes à boire étaient d'or, et les viandes étaient servies dans des bassins, tous différents les uns des
autres. Les vins les plus exquis étaient offerts avec une abondance, digne de la magnificence royale. Suivant la coutume des Perses, les convives devaient boire autant que le roi du festin l'ordonnait. Pour prévenir les suites fâcheuses d'un pareil usage, Assuérus défendit de forcer à boire ceux qui ne le voulaient pas. En même temps, il ordonna que l'un des grands de la cour fût assis à chaque table, afin que chacun prît ce qu'il lui plaisait. Le festin du peuple se continua pendant sept jours.
Tandis que les hommes prenaient part au banquet dans le parc royal, la reine Yasthi en donnait un aux femmes dans les appartements du palais. Encore aujourd'hui en Perse, ainsi que dans tout l'Orient, les femmes célèbrent des festins, en même temps que les hommes, mais entièrement séparées de ces derniers. Comme celui des hommes, le banquet des femmes dura sept jours.
Réflexion. — Le festin d' Assuérus nous donne une nouvelle preuve de la sollicitude
ASSUÉKUS. 93
avec laquelle Dieu veillait sur le peuple juil", dépositaire de la vraie religion. Au nombre des grands seigneurs qui présidaient aux tables, se trouvait Zorobabel, petit-fds de Jéchonias, roi de Juda. Avec d'autres jeunes Hébreux, captifs comme lui, il faisait partie des gardes du corps du roi et était admis dans son intimité. Par manière de récréation, après le repas, Assuérus proposa cette question : <( Qu'est-ce qu'il y a de plus fort dans le monde ? » Un des princes dit : (( C'est le vin. » Un autre dit: «C'est le roi. » Zorobabel dit : « C'est la femme, et par-dessus c'est la vérité. »
Assuérus trouva la réponse juste et dit à Zorobabel : « Demandez ce que vous voudrez et je vous le donnerai. » Zorobabel répondit: « Souvenez-vous, Seigneur, de la promesse que vous avez faite de rebâtir Jérusalem et d'y renvoyer les richesses que les Assyriens en ont enlevées. » Assuérus l'embrassa et fit ce qu'il avait promis. Israël rentrera dans la terre de ses pères et conservera le dépôt de la vérité, jusqu'à la venue du Messie. Admirons et bénissons la Providence, éualemenl
douce et forte, qui fait servir les plus petites choses à l'accomplissement de ses desseins.
Invocations. — Épargnez, Seigneur, épargnez votre peuple : ne soyez pas toujours irrité contre nous.
0 Marie, secours des chrétiens, priez pour la Perse.
Pratique. — Mortification de la volonté.
XVP JUUH.
Vasthi.
Le septième jour du dernier banquet, Assucrus, éohaufTc par le vin, commanda aux sept grands chambellans qui servaient en sa présence, de faire venir devant lui la reine Yasthi, le diadème en tête, pour montrer sa beauté à tout le peuple et à toute la cour, parce qu'elle était extrêmement belle. Pour un motif, que l'histoire ne dit pas, Yasthi refusa d'obéir et dédaigna de venir selon le commandement du roi.
Assuérus lut IrÙG-irrité de ce refus. Surie-champ, il réunit les sages qui étaient toujours près de sa personne, selon la coutume des rois de Perse, et par le conseil de qui il
faisait toutes choses^ parce qu'ils connaisr saient les lois et les coutumes. Or, entre ces sages étaient les sept principaux seigneurs des Mèdes et des Perses, qui tenaient la première place après le roi. Il leur demanda quelle conduite il devait tenir à Tégard de la reine Tasllii, qui avait refuse de lui obéir.
Le chef des sages, Mamuchan, répondit eu présence du roi et de tout le conseil : « La reine Yasthi n'a pas seulement offensé le roi, mais encore tous les peuples et tous,les grands qui sont dans toute l'étendue du royaume d'Assuérus. Cette conduite de la reine parviendra à la connaissance de toutes les femmes, et leur apprendra à mépriser leurs maris, en disant : Le roi Assuérus a commandé à la reine Yasthi de venir se présenter devant lui, et elle l'a refusé. A son exemple toutes les femmes des princes des Perses et des Mèdes mépriseront les coumiandemeuts de leurs maris. Aiu^i, la (^olère du roi est juste. ))
VASTni. 97
Puis, se tournant vers Assiiénis, il ajouta : « S'il plaît à A'^otrc Majesté, que par ses ordres il soit fait et éerit, suivant la loi des Perses et des Mcdes, qu'il n'est pas permis de violer, un édit, portant que la reine Vasthi ne se présentera plus devanfle roi, mais que sa royauté sera donnée à une plus digne; que cet édit soit publié dans toutes les provinces de votre vaste empire, afin que toutes les femmes, tant des grands que des petits, apprennent à respecter leurs maris. » Le conseil de Mamuchan plut au roi et aux princes, et le roi le suivit sans délai.
Des lettres furent envoyées en son nom à toutes lesprovinces du royaume. Elles étaient en diverses langues et en diiïcrenls caractères, afin que chaque nation pût les lire et les entendre. Par ces lettres il était statué que les maris eussent tout pouvoir et toute auto-
rite chacun dans sa maison, eL que cet cdit fût publié parmi tous les peuples. Toutes ces choses eurent lieu comme il était ordonné. Cependant, la colère d'Assuérus s'étant calmée, il se souvint de Vasthi, de ce qu'elle avait fait et de la peine qu'elle avait subie, et il en fut centriste. Puisqu'il se repentait d'avoir été trop sévère à l'égard de Yasthi, pourquoi ne la rappelait-il pas ? La tradition de la Synagogue enseigne que la reine avait été condamnée à mort et exécutée.
Quoi qu'il en soit, les grands officiers d'Assuérus lui dirent : « Qu'on cherche dans tout le royaume les jeunes vierges les plus accomplies, qu'on les amène à Suse ; qu'on les mette dans le palais des femmes et qu'on leur donne tout ce qui est nécessaire tant pour leur parure que pour leurs autres besoins, et celle qui plaira davantage aux yeux du roi, sera reine à la place de Vasthi. Cet avis plut au roi, et il connnauda de faire ce (|ui lui était conseillé.
YASTlir. 9 9
Bi'flcnfm. — Les interprètes de nos saints livres nnlvu, dans le festin d'Assnérns, la ligure (In plus auguste de nos mystères, le banquet eucharistique. Soit pour l'excellence des mets, soit pourlarichesse et la variété des décorations, le festin d'Assuérus surpasse en magnificence tout ce qu'on peut imaginer. Si, pour nous enseigner le détachement des choses de ce monde, Notre-Seigneur voulut naître dans une étable, il voulut aussi que le festin. eucharistique fût célébré dans une salle spacieuse et richement ornée, cœnaculum f/raude, sfratam. Sa conduite est la condamnation de ceux qui se permettent de désapprouver la richesse de nos églises.
Quelque recherchés qu'ils fussent, les mets du festin d'Assuérus ne sont pas même une ombre de la nourriture servie à la table du Seigneur. Assuérus invite à son festin nonseulement les princes et les grands de son royaume, mais tous les habitants de sa capitale, sans distinction ; et le nom de sa capitale signifie la ville des Lis. Du fond de son tabernacle, le véritable Assuérus ne dit-il pas: Venez à moi, vous tous, riches et pauvres,
lOû SEIZIEME JOUR.
hommes, femmes, enfants, qui souffrez, qui fléchissez sous le fardeau de la vie ; venez vous asseoir i\ ma table, et je vous rendrai la force et le courage. C'est dans la ville des lis que Notre-Seigneur donne son festin, c'està-dire dans l'Église catholique, seule terre où germe la virginité.
Comme Assuérus, notre divin roi préside lui-même à son festin et y prend part ; car il dit de chacun de ses heureux invités : Je souperai avec lui et lui avec moi. La reine Vasthi qui refuse d'obéir au roi son époux, c'est la Synagogue ({ui refuse de reconnaître le Messie, et qui voit sa couronne d'épouse et de reine passer sur la tète de l'Église catholique. Ames chrétiennes, ne l'imitez pas, en vous montrant, pendant ce mois béni, sourdes à l'appel de la grâce, de peur que votre couronne ne passe sur la tête d'une autre.
Invocations. — Épargnez,- Seigneur, épargnez votre peuple : ne soyez pas toujours irrité contre nous.
0 Marie, secours des chrétiens, priez pour la Chine .
Pratique. — Réciter le Veni Creator.
XVIP JOUR.
Esther.
11 y avait alors, dans la ville de Suse, un Juif, nommé ^lardochée, de la race royale de Saiil, qui avait été amené de Jérusalem, au temps où Nabuchodonosor, roi de Babylonc, y avait transporté Jéchonias, roi de Juda. lîien qu'il fût captif comme ses compatriotes, Mardochée était un personnage fort considéré d'Assuérus. La noblesse de son origine et plus encore ses vertus, l'avaient fait élever à la dignité de grand chambellan. C'est ainsi ([ue Daniel avait mérité les bonnes grâces de Nabuchodonosor, et Tobie celles de Salmanasar.
Or, Mardochée avait une nièce, nommée Édisse ou Esther. Orpheline de père et de mère, il l'avait adoptée pour sa iille. Elle était