DIX-HUITIÈME JOUR
personne, pas même au roi, ni son pays ni son peuple. Par son obéissance filiale, Esther s'attirait les bénédictions de Dieu; et par la fidélité à garder son secret, elle assurait, d'avance, comme nous l'avons fait pressentir, le succès de la grande mission qui lui était réservée.
Nous avons vu que Mardochée était un des grands officiers du palais. La Providence, qui atteint son but avec autant de douceur que de force, lui avait, à dessein, ménagé cette dignité. D'une part, elle le mettait en position de donner facilement à Esther les conseils dont elle avait besoin ; d'autre part, elle était pour lui un moyen de savoir tout ce qui se passait à la cour. Un jour donc qu'il était de garde à la porte du roi, il entendit deux chambellans, préposés à la première porte du palais, qui chuchotaient entre eux. Ces deux chambellans s'appelaient Tharès et Bagathan. Mardochée prête l'oreille et découvre que ces deux officiers complotent d'assassiner Assuérus.
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Oui ;iv;iil [)U leur inspirer ce coupable projet? Suivant la tradition, ces deux officiers voulaient se défaire d'Assuérus, afin de transporter le trône à Aman, que l'histoire d'Estlier nous fera bientôt connaître. La preuve qu'il était l'ami et le fauteur des deux conjurés, c'est qu'il ne pardonna jamais à Mardochée de les avoir dénoncés. « Aman, dit le texte sacré, voulut perdre Mardochée et son peuple, à cause des deux chambellans qui avaient été mis à mort. »
Quoi qu'il en soit, Mardochée, ayant eu connaissance de leur projet, s'empressa d'en prévenir la reine Esther. La reine en avertit le roi au nom de Mardochée, de qui elle avait reçu l'avis. On fit des recherches : le complot fut découvert. Les coupables avouèrent eux-mômes leur crime et tous deux furent pendus. Assuérus ordonna d'écrire
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tout cela dans les histoires de Perse et dans les annales de son règne, afin que le souvenir en passât, sans altération, f> la postérité.
Il semble que, sous un monarque généreux comme Assuérus, de grandes faveurs devaient récompenser immédiatement le courageux et fidèle Mardochée. La Providence ne permit pas qu'il en fût ainsi. Mais, en inspirant à Assuérus la pensée de faire écrire l'important service de Mardochée, comme en lui laissant ditférer la récompense si bien due à ce loyal serviteur, elle avait des vues dignes d'une sagesse infinie. Nous le verrons par la suite des événements.
Réflexion . — La modeste Esther, fille de Juda, élevée par Assuérus ;\ la dignité de reine et assise sur le premier trône de l'Orient, est, suivant les saints Pères, la figure transparente de l'humble Marie, cette autre fille de Juda, élevée par le Roi des rois à la dignité de Reine des anges et des hommes, et assise dans le ciel sur un trône mille fois
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plus brillant et plus solide que tous les troncs de la terre (I).
Esthcr dutson élévation à raffeclion d'Assuérus, captive par ses chastes attraits. C'est dans sa beauté virginale, dans son humilité et ses autres vertus qu'il faut chercher la cause de la prédilection de Dieu pour Marie et de son élévation. Par l'archange Gabriel il lui fait dire : Je vous salue, pleine de grâce. Lui-même lui dit : Ma sœur, mon épouse, vous avez blessé mon cœur par un seul cheveu de votre cou : vous êtes toute belle, ma bien-aimée. Venez donc et soyez reine : Veni, coronaberis. Ne l'oublions pas : nos vertus seront la mesure de notre gloire.
Devenue reine, Esther continue d'écouter les conseils de Mardochée et d'obéir filialement à ses ordres. Voilà bien la sainte Vierge. Reine du ciel, Marie n'a pas oublié qu'elle est notre sœur. Son oreille et son cœur sont toujours ouverts pour écouter ceux qui l'invoquent. Comme son divin Fils lui-même, elle fait la volonté de ceux qui
(l) S. rioiiavciit., hi speculo, 1. VIII.