SCENE III
les mêmes, THÉRÉSI1SA, arrivant lentement en réfléchissant ; elle est en fiancée.
THÉRKSINÀ.
Aik: O bon ange!
lis me l'ont fait jurer et le ciel me l'ordonne. De ce jeune Français je dois trancher les jours.' J'aurai pour récompense une sainte couronne; Bon ange , inspirez-moi , car j'hésite toujours. Quelle voix me dira ce qu'il faut que je fasse? Je sens à chaque instant s'augmenter mon effroi Le ciel à ce Français voudrait-il" faire grâce ? O bon ange! répondez-moi.
mérinos. Thérésina... adorable cousine.
thérésina. Ah! c'est vous, mon cousin , vous m'avez fait peur.
d. gomez. Le moment approche... vous savez le serment que vous avez fait... Songez que c'est le ciel qui commande, et que c'est un Français !
thérésina. Mais il ne m'a rien fait à moi, ce Français.
mérinos. Quelle raison!... Qu'est-ce qu'Holopherne avait fait à Judith?
thérésina. Je vous le demande.
mérinos. Il ne lui avait rien fait, absolument rien.
d. gomez. Judith se sacrifia à l'intérêt général.
mérinos. D'ailleurs, ce qu'on te demande, au bout du compte, est si peu de chose!
thérésina. Vous appelez cela peu de chose... vous!... tuer un homme !
mérinos. Puisque vous ne le connaissez pas, ce monsieur !... ça doit vous être tout-à-fait indifférent... Ah ! si vous le connaissiez, je ne dis pas... vous pourriez avoir quelque répugnance... mais un inconnu, nnrenégat, un infidèle...
TnÉRESINA.
Arn: Le luth galant.
Tous ces discours sont excellens , mais tiens, Dans ces Français , moi , je vois des chrétiens ; Des noms les plus affreux vainement tu les nommes ; Je dis et je soutiens Qu'ils sont ce que nous sommes ; Et, je le sens bien là, faire du mal aux hommes N'est pas dans mes moyens, (bis.)
d. gomez. Si vous refusez, l'eunemi n'en tombera pas moins sous nos coups cette nuit même.
thérésina, à part. Cette nuit! •
d. gomez. Mais vous serez perdue à jamais, toutes vos compagnes vous repousseront, tous les hommes vous fuiront.
thérésina. Tous !
mérinos. Tous!
thérésina. Tous! ça mérite réflexion... Mais, je pense à une chose; Judith, disiez -vous ce matin, avaitune servante... moi je suis toute seule.
mérinos. Depuis long-temps, Thérésina, je suis ton serviteur... c'est moi qui porterai le sac... C'est une idée, une idée superlative, car je serai là pour t'encourager... (à part. ) Et pour veiller sur elle.
thérésina. Une seconde réflexion... Si par hasard, au moment de... enfin, lorsqu'il sera endormi...
mérinos. Eli bien ?
thérésina. Si, à ce moment-là, il venait à s'éveiller... qu'est-ce que je lui dirais moi, à l'Holopherne?
mérinos. C'est juste... voilà une circonstance à laquelle nous n'avions pas pensé. Etablissons bien ça. Une supposition; cet homme s'éveille... qu'est-ce qu'on lui dira?
thérésina. On ne peut pas lui dire : Pardon, monsieur, nous voulions vous couper la tête.
mérinos. C'est juste!... on ne peut pas lui dire... nous voulions vous couper la tête.
d. gqjmez. Une femme, en pareil cas, a un moyen tout naturel de sortir d'embarras. •
thérésina. Moi qui suis femme, je ne le connais pas, ce moyen.
mérinos. Et moi, qui ne le suis pas, je le connais encore bien moins.
d. gomez. Vous n'aurez qu'à vous trouver mal. mérinos. Oh! c'est vrai, de bonnes attaques de nerfs. thérésina. S'il ne s'agit que de faire semblant de se trouver mal, c'est facile... cela m'est déjà arrivé un jour que le seigneur Mérinos a voulu me gronder.
mérinos. Voyez-vous, la petite rusée... et moi qui le croyais! Mérinos que j'étais, va!
d. gomez. Il n'y a donc plus d'obstacles? thcrésina, soupirant. Je n'en vois plus. mérinos. Thérésina, je suis content... donne-moi ta main que je la baise.
thérésina. Non... vous louchez toujours.
mérinos. Cette fois-ci, c'est par enthousiasme!
d. gomez. Silence, voici ce Français.
mérinos. Allons attendre que ses aides-de-camp soient
partis.
ENSEMBLE
Air de la Danseuse.
11 faut que la prudence
Assure . vengeance!
Sortons , Faisons Silence!
Écoutons .
Observons.
(lis sortent. )
»23e SCENE IV.