‹ JudithChapitre 32 sur 121 · ACTE I, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IV

ne tirerez à part aucun d’eux. Vous attendrez en silence que leur nombre soit complet.

CHARMI.

Je fais toujours ainsi.

Alors même, vous ne vous lèverez pas encore.

Vous demeurerez plongé dans votre méditation. Enfin, vous prononcerez à peu près ces mots:

« Mes frères, nul ne peut négliger le cruel présage que nous apporte de nos montagnes l’eau empoisonnée de la fontaine d’Enoch. Ne perdez point courage, mes frères, et attendons encore la miséricorde du Seigneur pendant... pendant cinq jours. Peut-être voudra-t-il glorifier son nom par notre délivrance miraculeuse ! Mais si, les cinq jours étant écoulés, il ne nous est point venu de secours, je comprendrai que Dieu, dans sa colère, nous destine le châtiment suprême, et, en marque d’'humilité, la ville de Béthulie sera remise aux

Assyriens. »

(Un silence. Charmi caresse sa barbe. Judith regarde le camp.)

CHARMI.

Hum... Que signifie ce délai de cinq jours?

JUDITH, d'une voix frémissante.

Que signifie ce délai de cinq jours ?.…

+ CS CM D, Œur *

CHARMI, qui l’arréte.

Ne répondez pas ! J'ai compris... (Et, comme Judith paraît surprise.) Mais oui, oui, j'ai compris !... C’est une idée merveilleuse. agile et brillante comme un lézard, et simple comme la perfection. Aux sommations de Ruben, si je répondais : non, je serais chassé, — oui, je me prosternerais devant l'adversaire! Je ne réponds pas! Je décrète. Quoi? Un délai de cinq jours! Et aussitôt l'attention, la surprise, la sympathie se concentrent sur cette façon inattendue d'accepter l’inévitable. L'âme iremblante des Anciens se raffermit contre ce mince tuteur. Beaucoup d’entre eux ne comprennent pas... Mais qu'importe !... Ils lèvent tous vers moi des visages mouillés de gratitude.

J'entends leurs acclamations tonnantes. Je les vois écarter les soldats, courir vers la foule, avides de lui tendre cette pâture légère que je viens de leur jeter ! Ils s’écrient: « Réjouissez-vous !.…. Voilà !.. Voilà ce que nous avons résolu! Délai de cinq jours !.. » Et les bénédictions, les cantiques m'accompagneront jusqu’au seuil de mes pères... (Tous deux, ils rient.) La conduite des hommes, quel art de finesse ! L'acte n’y est qu'une faible barque sur l’océan de la parole! C’est jus-

tice. L'acte ne varie jamais. Que fait-on lorsque,

enfin, il faut que l’on fasse quelque chose ?.…. On tue. Toute véritable action finit par le décompte

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