ACTE I, SCÈNE I
proche, quoiqu'il me paraisse plus reculé et fini que les Jours de ma petite enfance. L'on riait alors !... Parfois, nous parlions de l’armée de Nabuchodonosor... mais comme on parle de l'océan lointain. Et maintenant !... /A la fenétre.) Le camp des ennemis! L’aurons-nous interrogé! Nous le regardons tout le jour. Quand il fait noir, c'est lui qui nous regarde par ces mille petits yeux clignotants... Ma chérie, quel jour que celui où les avant-gardes du roi Ozias déboucheront des cols de Mesdaïn !... YVaoudith, vous qui savez vivre dans l'avenir, quand verrons-nous le premier escadron étinceler sur la plaine ?
Jamais !
ABIGAIL.
Jamais ! Mais Juda nous a promis une prompte délivrance ! (Un silence.) Pas plus tard qu'hier, chez Salomith... À propos, Yaoudith, vous ignorez la nouvelle! C'est une chose inconcevable. Depuis que vous vous êtes enfermée dans la retraite et que nous avons toutes suivi votre exemple, devinez chez qui se réunissent maintenant nos amis. les Anciens... tout le monde! Chez Salomith, ma chère! Une femme qu'aucune de nous ne saluait, même près de la Porte! Hier, votre cher Charmi a soupé sur la terrasse de son
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toit! Vous entendez, le Chef des Anciens reçoit l’hospitalité d’une Salomith!... Ce scandale ne peut durer. Yaoudith, que croyez-vous ?
Je crois, Abigaïl, que nous allons périr.
ABIGAIL.
Vous êtes implacable ! Sans répit, votre œil demeure fixé. Vous ne regardez ni à droite, ni à
gauche, ni plus haut, ni plus bas!... Vous ne voyez que le massacre! Voilà la brise qui se lève! L’adorable brise!... C’est son heure. Je
finirai par croire qu'elle sort de ce bouquet d’oli- viers ! Quel délice d’habiter tout au haut de la ville !.. Je vois, Yaoudith, que mon bavardage vous irrite. Je ne possède pas votre puissant cerveau... Ma tête est trop petite pour contenir le malheur immense que vous prévoyez. C'est la vérité, Yaoudith !.. Comment pleurerais-je sur un événement que je ne parviens même pas à me représenter ?
JUDITH. à
Je vais prier, Abigaïl.
ABIGAIL.
Je vous laisse... Voulez-vous que nous ve-
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nions, mon mari et moi, après notre souper, vous tenir un peu canne ta
“Ai k JUDITH.
Non. Venez demain, Abigaïl.
ABIGAIL, qui embrasse Judith.
Adieu, ma chérie. N'abimez pas ces yeux!