ACTE I, TABLEAU I, SCÈNE II
fois, puisque j'ai vu ma douleur finir. Je n’oublierai Jamais ce jour, ce matin. Le soleil du printemps jouait dans ma chambre... Il a jeté son voile d’or sur ma gorge, et moi... moi, la désespérée, l’inconsolable... d’un mouvement, instinctif, J'ai abaissé ma chemise et je me suis offerte à cette caresse chaude !
HOLOPHERNE
Beauté !
Oh ! n’associez pas ce mot à ma trahison, à ce crime de l'oubli! N'en concevez-vous pas
l'odieux ?...
HOLOPHERNE
C'est la faute de Chamach... Lorsque, ayant tiré le verrou du ciel, il élève sa tête en flammes au-dessus de la Montagne des Pays, la vie res- plendit et déborde... Je ne vois là, grande chatte dorée, que l’œuvre de la nature...
(Ses lèvres effleurent les seins de la Juive. Mais :)
JUDITH, se dérobe, et de son ton emphatique.
Sa complicité! C'est vrai. Aïnsi, l'âme se - décompose avant le corps! Ah! l'amour est infime !
HOLOPHERNE
Taisez-vous ! Je vous ordonne de vous taire !.… Cette parole est funeste! Vous parlez comme le
démon, empoisonneur des rêves, quin'’est ni mâle, ni femelle !.. Non, non !... Plus un mot !... Taisezvous !... (Terrifié, il recule jusqu'à la table aux trois vases el, marmottlant, il renouvelle l’exorcisme.) Ils sont sept, les dieux mauvais! Des murs de mon palais, qu'ils n’approchent pas! Mon manteau, qu'ils n’en touchent pas le bord !... Leur pensée mau-
vaise, qu’elle ne s’attache pas derrière moi !..
Par le resplendissement de l’eau purifiante! [se calmant.) Taisez-vous, belle Judith! Il n’est que l’amour sur cette terre. Et, après, dans le monde d'en bas, il n’est plus rien.
La gloire est plus belle que l'amour !
La gloire? PF! Qu'est-ce que la gloire?
Malheur à qui repousse Ichtaar, Mère des caresses, pour s’accoupler au souci! GCelui-là, le jour que lui vient l'ordre de descendre les marches qu'aucun homme n’a revues, il entend les dieux ricaner ! Il n’est Jamais loin, le signal mauvais! Souvent, dans le sommeil, je crois le percevoir. Je suis porté devant le palais d’Allatou, le palais de la Mort, dont la serrure est couverte de poussfère, où il n’y aura d’autre nourriture que la poussière, et pas d'autre son que le hennissement du regret, pas d'autre avenir que la nuit! Tant