ACTE II, TABLEAU 1, SCÈNE II
Le destructeur des temples et des tours, l’ouvrier de toute bassesse, le niveleur, il se doit à lui-même de mutiler Yaoudith élancée vers les étoiles! Seulement, tu es incapable d’apprécier ton aubaine. Ce que valent ma souffrance, mon humiliation et ma mort, je te défie de le concevoir! Ton regard se brülerait à cette âme que tu vas éteindre! Tu peux rire. J’ai commis, en effet, une erreur. J'ai méconnu ta force. La force de tout ce qui s'oppose à l'esprit! Et je me suis trouvée balbutiante devant la bête. En somme, J'ai été lâche... Si j'avais eu le courage de me dégrader... de sourire à mon dégoût, alors, oui, gros homme obscène et stupide, stupide! oui, Je nettoyais le monde de ta hideur!
(Vagaoo s’est insinaé dans la salle.)
HOLOPHERNE
C'était vrai! Je ne le savais pas! Je le croyais et je ne le savais pas ! (IL vient sur elle d’un tel bond qu'elle hurle d’épouvante.) Chienne de Ia nuit! (I la jette par terre. Se maîtrisant, ayant à peine un siffiement dans la voir.) C’est toi qui es stupide! Une prophétesse?.. Petite Juive vaniteuse! Mais tu ignores même la crédulité du mâle, son attendrissement risible! Tu ne sais rien des êtres. Un ou deux mensonges encore, et je bêlais.
Merci à toi! [A Vagaoo qui n'ose avancer.) Oui, conseil-
ler de prudence, vieille limace! Tu redoutes ma luxure. Imbécile! Fie-toi donc à tout mon être. au rut d'Holopherne... tiens, au sang de mes reins! Oui, je la voulais, cette Galiléenne, follement! Mais tu connais mon désir, toujours hanté par la crainte torturante d’un autre homme. L'ombre d’un rival inconnu à passé et repassé entre elle et moi... Je suis monté sur le radeau du soupçon et J'ai descendu le torrent de la jalousie! Du moins, je l'ai cru! Car je prenais pour de l'inquiétude amoureuse la plus salubre curiosité. Mon malaise signifiait simplement : « Défends ta vie! » Comprends-tu, limace? Par ce détour mystérieux, mon invincible instinct, une fois de plus, m'avertissait.
VAGAOO, penché sur Judith.
Bête malade! prostituée étrangère! Mon esprit n'ose s'arrêter sur votre abomination! Holopherne!.. L’Etincelle!... Ah! vous le paierez. Vous n'imaginez pas jusqu'où va la douleur physique. Moi, j'ai vu. J'ai entendu, moi! Ho! Ho! (I lève la main sur elle, mais Holopherne le repousse si brutalement que l’eunuque en perd l'équilibre.) Les instruments ?
HOLOPHERNE
Pas de torture!