ACTE DEUXIÈME. 35 RAYMOND, amèrement
Ah! c’est vrai, je suis le maudit moi, avec qui les enfants ne doivent point jouer, n'est-ce pas? (4 part.) C’est étrange, pourtant, combien ici, dans cette maison, il me serait facile et doux de l’oublier. (Aux petits.) Mais oui, garez-vous de moi, mes petits, Il a raison, votre grand-père : je suis le maudit, vous entendez, et le bourreau!
S. RENAUDIN
Je ne me permettrai point de vous dire qui vous êtes, monsieur, mais il me paraît que...
JUDITH, l’arrélant, Oh!... père!
RAYMOND, contenu.
Eh bien, le tort est cependant à vous, je vous assure, de le prendre avec cette hauteur, car c’est par déférence que je suis venu moi-même, au lieu de vous envoyer quelqu'un de mes hommes, plus rude que moi.
S, RENAUDIN
Je vous remercie... Mais qu'y a-t-il encore? Veuillez m'apprendre ce qui vous ramène ici, quand nous nous étions dit, il me semble, lors de vos deux premières visites, tout ce que nous avions à nous dire.
RAYMOND
Il y a que, par ordre du roi, vous devrez à l’avenir envoyer chaque jour chez les moines Bénédictins, qui prendront soin de les instruire et de les baptiser, tous les enfants de cette Maison, tant ceux de vos serviteurs que les vôtres qui, tout à l'heure, jouaient avec moi. Afin que je ne me voie pas contraint d’user de mesures violentes, voudrez-vous simplement y consentir ?
S. RENAUDIN
Des mesures violentes? Quelles mesures, monsieur ?.… Quoi? Dites-le, qu’oserez-vous faire?
Judith, tenant les deux petits contre sa robe, s’est avancée silencieuse vers Raymond, et le regarde en face.
RAYMOND
Ce que j'oserai faire !... (11 recule devant Judith et se trouble soudainement.) Ce que j’oserai faire, vous le savez! le texte est là, le texte de l’Edit.…
S. RENAUDIN
Non, mais posez nettement vos conditions, et qu’au moins je sache. Il prête à des applications diverses, le texte de l'Édit, suivant la cruauté de l’exécuteur… Ne faisons point languir l’entretien terrible, parlez vite! Nous les prendre de force, n’est-ce pas? C’est ça? Nous les enlever?
RAYMOND
Mon Dieu, monsieur, en effet, j'ai des dragons pour exécuter ces besognes, et tels sont les ordres que j'ai reçus contre les rebelles qui, comme vous, s’obstinent... Choi- SISSEZ. .
S. RENAUDIN, se prenant à deux mains le front.
Ah! dans quelles tenailles affreuses vous venez serrer ma pauvre tête grise! Eh bien, non, je n’y consentirai pas. Enlevez-les-moi, monsieur... si vous en avez le pouvoir et si vous vous en sentez l’audace. Vous m'’entendez, je n’y consentirai pas... (Radouci et tremblant.) Cependant, écoutez encore. Ce soir, mon fils n’est pas là, mon fils, le père de ces petits — et en somme c’est à lui de décider du sort de ses enfants, plutôt qu'à moi. qui ne suis qu’un vieux grand-père dont les idées s’égarent.. Monsieur le capitaine, nous accordez-vous... jusqu’à demain ?