ACTE DEUXIÈME
RAYMOND, plus doux aussi, regardant Judith qui s’est encore rapprochée.
Jusqu’à demain ?.. Oh! oui, jusqu’à demain, je ne refuse pas.
JUDITH, comme involontairement,
Merci !
RAYMOND, se dirigeant vers le portail pour sortir, en continuant de regarder Judith.
Même jusqu’à la fin de la semaine qui commence, si vous voulez, j'attendrai. Et un de mes hommes, dimanche sur le soir, viendra prendre ici votre réponse... car on ne me reverra plus, rassurez-vous, dans cette maison où j’aurais mieux fait de ne point rentrer.
Il sort. Mathieu referme le portail et tire les grands verrous derrière lui,
S. RENAUDIN
Dimanche sur le soir, a-t-il dit, n’est-ce pas? Allons, Dieu, cette fois encore, est avec nous, puisque, selon nos prévisions humaines, d’après l’avis qui m'est arrivé tantôt du navire en partance pour la Hollande, dans cinq ou six jours, si tout va bien, dans cinq ou six jours, Ô mes chers enfants, vous serez en sécurité sur la grande mer... en route, hélas! pour votre patrie nouvelle...
JUDITH
Dans cinq ou six jours! Oh! mon père, comme tout se précipite! Mon pauvre courage n’était point préparé à si tôt partir!
| S, RENAUDIN, la prenant dans ses bras.
Eh! oui, ma Judith bien-aimée, tout se précipite... Mais il le faut, et chaque jour passé, chaque heure perdue, ag grave autour de vous les périls de mort... Et maintenant, rentrez, mes petites filles; rentrons tous, sous le cher toit
qui ne noüs äbritera plus longtemps ensernble..…. Vous voyez bien, si vous m’aviez écouté la première fois; vous ne
vous seriez pas trouvées seules, là, tout à l'heure, avec ce bandit.
JUDITH
Mais il s’en est allé, mon père, et maintenant la porte est batrée, il ne saurait revenir. Oh! laissez-nous demeurer ün peu dans le jardin, je vous en prie. Regardez le beau soir qu'il fait.
Daniel Robert, qui est sorti de derrière les arbustes où il se dissimulait, s'est
lentement approché d’eux.
DANIEL ROBERT. | Je vous en prie moi-même, laissez-nous encore. J'ai plusieurs choses à dire à Judith, et je lui parlerai mieux S. RENAUDIN.
Allons, soit! Restez un momeñt de plus... Ah! les jeunes !.. Tous pareils! Allons, restez.
Il rentre dans la maison.