‹ Judith Renaudin; drama in cinq actes, sept tableauxChapitre 42 sur 80 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

JUDITH, debout et jetant les mains devant la bouche de Daniel,

Tais-toi, Daniel, mon frère !.… Tais-toi et va-t'en ! Tu en arriverais, vois-tu, à prononcer des mots irréparables, qui nous sépareraient à jamais... Ne pas savoir pardonner, tu te rappelles bien, est le defaut de mon âme hautaine… Alors, de grâce, ce soir tais-toi... Tais-toi.. le calme te reviendra demain, pour m'’entendre et me mieux juger. Va-t'en !

DANIEL

Mais je ne t’insulte point, Judith...

| JUDITH

Oh! si! Moi, occupée de lui, de lui qui était là !...Oh! tu me méconnais et tu m'outrages !

DANIEL

Mais je veux seulement te mettre en garde contre un entraînement de ton imagination... Ces choses, avant que vous vous en soyez aperçues, vous les jeunes filles, ces choses nous sautent aux yeux, à nous autres hommes,

JUDITH, s’exaltant.

Tais-toi ! (Elle Jui prend les deux mains et le pousse vers le portail. ) Vous autres hommes, vous avez entre vous des haiïines, des rivalités, des jJalousies qui vous égarent !.… Va, ce soir, va-t’en ! Mais demain, quand j'aurai prié, quand, auprès de uotre Dieu, je me serai longuement humiliée, reviens causer avec moi!... Oh! tu nous suivras en Hollande, mon cher Daniel, tu ne renieras pas la foi de nos pères; j'ai répondu de ton âme devant notre commune aïeule... Ce soir, vois-tu, ce soir, tu n’es pas en état de m’entendre.. ni moi peut-être de te bien parler. (Elle continue de le pousser vers la porte.) Mais je prierai... Oh! tu te trompes, j'ai fait bnéga tion de tout dans la prière; contre les pièges de

Satan, je me sens bien armée... Et je suis encore l’exaltée et la petite voyante d'autrefois, celle que, dans notre enfance, tu Ppos la Prophétesse..… Je te ramènerai vers le Seigneur !.. Demain, promets- le-moi, tu reviendras ici, dans le jardin, écouter, avec un cœur apaisé et patient, écouter la prophétesse Judith. Va-t’en !

DANIEL

Eh bien, oui, je tâcherai, là, de revenir et de t’entendre.. Allons, adieu, Judith... et pardonne-moi…

I sort. — La nuit, de plus en plus, est tombée. Judith garde d'abord un silence haletant, après que le portail s’est refermé sur lui. Un hibou chanie dans le lointain.

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