ACTE TROISIÈME
deux de ces baptêmes par force, devant des parents -en larmes, comme j'en ai déjà fait tant durant ces funèbres jours... Ah! les « nouveaux catholiques »! De les baptiser, vois-tu, ma conscience, après, en demeure inquiète comme d’un crime... J’obéis parce que l’on me commande. Mais non, je ne puis croire qu’elle soit agréable à Dieu, l’œuvre de violence que l’on me fait accomplir là! Et, ont-ils été sages, nos petits pensionnaires, hein? Pas trop de pleurs, au moins?
LA BENOÎTE, d’un air grognon, aidant le prêtre à retirer son surplis blanc.
Hum ! sages? oui! Eh bien, ce serait du joli, s’ils n’étaient: pas sages, après ce que vous faites pour eux. Mais, par exemple, pour la propreté, vous devez comprendre... Regardez-moi un peu ce plancher, depuis deux jours seulement que ça loge ici, toute cette petite graine de huguenots! Mais rcgardez-moi un peu ce plancher!
LE CURÉ
Prends patience, ma Benoîte, ils ne sont pas pour longtemps chez nous, va, ces pauvres petits « huguenots », comme tu les appelles.
LA BENOÎTE
Elle ne tient plus, votre dentelle, vous savez, monsieur le curé! Si je peux encore vous la laver et vous la raccommoder une fois, ce sera tout le bout du monde... Jésus Seigneur! c’est que vous l’avez encore déchirée!
LE CURÉ
Déchirée? Et où ça donc, ma fille?
LA BENOÎTE
A lu même place que de coutume, pardi, au poignet, tenez!
LE CURÉ
Ah! toujours ces petits clous autour de la nappe de l'autel, tu sais. Quand j'élève le bras, comprends-tu, ma manche s’accroche.
LA BENOÎTE
S'accroche, s'accroche. Je ne dis pas qu’elle ne s'accroche pas, moi, votre manche... Mais je ne peux pas sufire à tout, pourtant! Raccommoder la dentelle, faire la cuisine aux petits huguenots, les coucher, les laver, les amuser. cur, Dieu me pardonne, vous voulez aussi qu’on les amuse...
LE CURÉ
Allons, la Benoîte, tu es meilleure que cela, d'habitude, ma brave fille. Calme-toi.. Et que leur as-tu préparé pour souper, à mes petits huguenots?
LA BENOÎTE
Oh! quant à cette fois, ils ne manqueront de rien, vous pouvez m'en croire : de la soupe aux choux, du gâteau de maïs et de la bouillie au lait. Mais, si ça dure, je ne sais pas trop, les jours Suivants, ce que je leur servirai, dame! D'ailleurs, tant de provisions au marché, tant de pain à la boulangerie, ça finira par donner l'éveil, oui! Et si nous sommes pris! Seigneur! Tenez, il y a ce petit noiraud dans ce Coin, ce qu'il mange à lui tout seul, celui-là, ce qu'il mange!
LE CURÉ, doucement rieur, caressant ce petit noiraude
Un bon estomac, ma fille, est un don de Dieu.
LA BENO ÎTE, pliant et rangeant les ornements baptismaux.
C’est que ça nous ruine, monsieur le curé, toute celte.
mangeaille! Et finir l’année, et joindre les deux bouts,
AE je LR ES RE