ACTE TROISIÈME
n’abjurerait jamais, jamais, vous m’entendez, mais de plus elle se refuserait sans doute toujours à épouser un catholique, quand même nous verrions revenir des temps plus calmes où ces tristes mariages seraient autorisés par l'Église. Renoncez donc avec courage, mon cher fils, à cette chimère que vous aviez caressée. Un abîime est creusé entre vous deux, ne gardez point d'espoir.
RAYMOND se lève, marche un instant en silence, de long ‘en large, agiiant son chapeau, puis, la voix différente et plus sombre,
C'est bien, monsieur le curé. Excusez-moi d’être venu vous troubler jusqu'ici .… Vous ne pouvez, vous ne voulez rien faire pour moi, je m'en vais... Je m'en vais continuer . de remplir mon devoir contre ces protestants de malheur !...
LE CURÉ, lui prenant les deux mains et le retenant.
Monsieur d’Estelan, vous étiez venu me demander un service, et je vous l’aurais rendu de tout mon cœur, allez, s’il eût été possible à mes faibles moyens... Eh bien, avant de parüir, laissez-moi vous adresser un conseil, le conseil d’un prêtre et d’un vicillard. (Pendant que Raymond, qui écoute à peine, cuvre la porte pour s’en aller.) Puisque vous l’aimez si noblement celte jeune fille, soyez clément, à cause d'elle, envers ceux de sa religion. Soyez clément, monsieur le capitaine, soyez pitoyable !
RAYMOND, se dégageant,
Ah! non, vous tombez mal aujourd'hui, monsieur le curé, pour m'attendrir. Non, laissez. Je ferai mon devoir, vous dis-je, et là peut-être trouverai-je le remède au mauvais enchantement qu’elle a jeté sur moi, le remède et
l'oubli...
Il sort.