ACTE CINQUIÈME
allez être sauvés tous... D'ailleurs, tant de choses, depuis un instant, bouleversent nos pauvres raisons humaines! LE DRAGON HUBERT.
Mon Dieu! l’heure passe! Déjà nous devrions être en route. Dites-leur, monsieur le curé. Plus nous tardons, plus le danger s’aggrave.
JUDITH, au dragon, avec une sérénité d’illuminée.
Mais nous sommes prêts, nous sommes prêts à vous
suivre.
Une lueur rouge éclaire les fenêtres.
S. RENAUDIN
Quoi? Qu'est-ce que cela encore? Le feu?
LE PRÊTRE , avec confusion et crainte.
C’est votre temple qui brûle... Ah! il arrive mal, en ce moment, cet incendie allumé par son ordre... Pardonnezlui cela encore.
JUDITH, indifférente, comme dans les nuages.
Ah! c’est notretemple qui brûle... Ah!...notre temple? Il y a fait mettre le feu ?.… LE CURÉ.
Pardonnez-lui.. De peur de donner l'éveil à ses lieutenants, il n’a pu changer ces consignes-là, voyez-vous... . Un seul soupçon, vous comprenez...
JUDITH, souriant presque à la lueur rouge du feu, Ah! oui... Il n’a pas pu changer...
Elle cherche encore des yeux Daniel, DANIEL, qui est maintenant tout près de Judith, avec un sourire, Oui, Judith, j'avais déjà remarqué tout à l'heure ton
regard d'inquiétude tourné vers moi. — un bon regard, va, dont je suis touché... À cause de lui, n'est-ce pas, tu crains que ma résolution, de nouveau, ne chancelle, et que je ne parle plus?... Sois rassurée, ma chère Judith... Tu as bien brisé mon cœur terrestre, mais tu m'as rendu ma foi, et je te bénis..… Donc, n’aie pas peur, je pars toujours avec vous...
JUDITH, serrant les mains de Daniel en baissant la tête.
Cher Daniel!
La pendule-sonne une demie.
LE DRAGON HUBERT, avec effroi.
La demie de dix heures! Nous devrions être loin déjà!. De gràce, partons vite.
JUDITH, comme tout à l'heure, sereine, dans une sorte d'extase,
Mais nous voici... Mais nous vous suivons...
L’AÏEULE
Mon fs! (Elle se soulève en s’accrochant à Samuel Renaudin qui s'approche d'elle.) Mon fils! Mène-moi!... Je veux faire quelques pas de plus vers eux, tu comprends... Mène-moi... plus près... (Ette traverse la salle, appuyée à son fils. )... de cette porte Fa
Elle se laisse tomher là sur un fauteuil, près de la porte par où ses enfants vont sortir,
S. RENAUDIN, tout à fait égaré, lui aussi, à présent, serrant dans ses bras ses deux fils Jean et Isaac.
Allons, mes enfants, tous mes enfants, l'heure de la grande épouvante est sonnée. (Indiquant la porte que les serviteurs ont ouverte et par oùl’on n’aperçoit que du noir.) Passez ce seuil, mes chers martyrs, passez ce seuil où commence entre nous la terrestre séparation, comme au tombeau, Passez-le, l'un