‹ Judith Renaudin; drame en cinq actes, sept tableauxChapitre 12 sur 77 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

au moins que notre sainte religion, dont vous vous êtes séparés, ne commande point, ne peut point commander de pareilles choses... et que celui qui a fait cela, fùt-il le roi de France, est un bien grand coupable devant notre Dieu à tous !

L AÏEULE, à la vieille Nanette qui lui arrange ses coussins.

Qui est là, ma bonne Nanette? Qui parle ainsi, ma fille? Est-ce pas monsieur le curé, ma bonne, que j'entends.

NANETTE

Oui, notre dame.

s. RENADDIN.

Merci, monsieur le curé... Oh! nous le pensions bien, allez, que vous n'étiez point avec nos persécuteurs, (n le fai« asseoir près de lui.) Voycz, nous lisioHS la Bible... C'est notre force, à nous, les huguenots... Et permettez, puisque notre Dieu est le vôtre, que nous finissions ensemble ce psaume commencé, qui nous donnait le courage, (n reprend ea lecture .-

l'aïeule aveugle joint les mains, avance la tête en tendant l'oreille ; le curé se signe tous écoutent avec recueillement.)... « Du foud de l'abîme, j'ai Crié

vers toi, Seigneur, Seigneur, écoute ma voix. Si tu observes exactement, Seigneur, nos iniquités, qui subsistera devanf toi... Mais tu es plein de miséricorde, et, à cause des promesses de ta loi, j'espère en toi, Seigneur! »

La lecture faite, le père ferme la grosse bible familiale, ûte ses lunettes, les essuie ava« ion mouchoir et regarde le prêtre.

Et qu'allez-vous faire, mes pauvres amis? A quel parti vous résignerez-vous?

s. RENAUDIN.

Nous étions depuis longtemps préparés, vous vous en doutez bien, au coup qui nous frappe aujourd'hui, et l'édit

affiché ce matin n'est que la confirmation de nos longups craintes. Depuis que la dernièi-e supplique des protestants de France, soumise au roi pur notre pasteur Jean-Claude, a été si rudement repoussée, nous nous attendions à tout, et nos plans étaient faits... Il paraît qu'on laissera les vieux comme moi tranquilles au pays; le bailli, hier encore, m'en donnait l'assurance; d'ailleurs (n désigne raïeuie aveugle.) ma place est ici, auprès de ma mère infirme, qui va sur ses quatre-vingt-huit ans et, bien que ma charge de procureur* vienne de m'être enlevée, ainsi que vous avez dû l'apprendre, bien que toutes mes terres soient sur le point d'être saisies par ordonnance royale, il nous restera encore du pain, je l'espère, à peu près de quoi vivre, pour elle et pour moi... Mais les jeunes, tous nos chers enfants — je vous le dis à vous, monsieur le curé, sachant bien que vous êtes loyal et ne nous trahirez jamais, — tous nos enfants tenteront de partir. La semaine prochaine, par l'un de ces vaisseaux qui passent, la nuit, devant la grand'côte, emmenant chaque fois plusieurs de nos frères de La Rochelle et d'ici, ils tenteront de prendre la route de l'exil, la route de la Hollande, où se trouvent déjà tant de Français réfugiés... Et l'alternative est bien terrible, car, si Dieu permet qu'ils réussissent, nous ne les reverrons sans doute jamais, jamais plus en ce monde... Si au contraire ils échouent, c'est alors pour eux la peine... je n'ose presque prononcerce nom épouvantable... la peine des galères...

LE CURÉ

Ah! je joindrai mes prières aux vôtres, mes chers voisins, pour que Dieu protège leur fuite.

s. RENAUDIN, après un eilcDce.

Tenez, monsieur le curé, nous nous étions réunis aujourd'hui pour régler, après avoir ensemble lu la Bible, des choses bien graves qui doivent être décidées le plus tôt

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