ACTE PREMIER
possible, à la veille de ce grand départ. Et, si vous le permettez, nous en causerons pendant que vous êtes là; car, bien que nouveau venu en notre' maison, vous n'êies point de trop dans notre réunion de famille; votre présence, au contraire, donnera plus de solennité aux déclarations suprêmes que je souhaite entendre ici de la bouche de deux de nos enfants, (a Daniel noben.) Allons, Daniel, approche-toi, mon cher neveu, et répète à ta cousine Judith ce que tu me disais ce matin; parle-lui, devant nous tous, de ces projets que tu m'as confiés et dont je souhaite du fond du cœur la réalisation heureuse.
DANIEL, ayec crainte s'approcliant de Judith.
Judith se doute déjà depuis longtemps, mon oncle, j'en suis convaincu, de ce que je vais lui demander en tremblant, et je ne sais pourquoi un pressentiment mauvais me fait plus que jamais, aujourd'hui, redouter sa réponse... (a judiih, q-ji
■vient de se lever et s'appuie, les yeux baissés, â la table où la Bible e:X posée).
Judith, avec patience et bonté, écoute, je t'en prie, ce que je vais te dire... et ce que certainement tu sais déjà... J'ai toujours été un irrésolu, moi, je le confesse ; mon courage et ma foi ont besoin qu'on les soutienne. Veux-tu, à cette heure de dure épreuve, me donner ta parole tant désirée de devenir ma femme, là-bas en exil, et alors sans défaillance, je te le jure, je partirai...
s. RENAUDIN.
Réponds ! réponds-lui, ma chère Judith !... Aussi anxieusement que lui-même, je t'assure, j'attends, nous attendons tous ce que tu vas nous dire...
JUDITH, très douce, mais hésitante et triste.
En eôet, mon cher Daniel, j'avais depuis longtemps soupçonné ce vœu que tu formais pour nos communes destinées... Mais je suis une irrésolue, moi aussi, vois-tu, — non point,
Dieu merci, pour les choses qui touchent notre foi et notre céleste espérance, mais pour les choses de la terre... Je me sens touchée et je te remercie... Mais, je te le demande, laisse-moi réfléchir encore...
s. RENAUDIN, qui a prie la main de l'un et de l'autre et tente de les
rapprocher doucement.
Voyons, Judith!... Voyons, ma fille... Que nous ayons au moins cette consolation, de vous bénir tous deux ensemble, avant que vous nous quittiez à jamais.
Juriiili, toujours apiniyte à la laljle, dont elle lourmenle le tapis avec sa main libre, continue de baisser la tête, indécise et troublée, sans répondre encore. Brusquement, la porte du fond s'ouvre, et deux domestiques apparaissent, épouvantés.
l'un des domestiques, s'adressant A S. Benaudin.
On vient, notre maître!... Ce sont eux!... Les voici, les voici, les dragons du roi, avec le bailli de la ville !... Ils frappent au portail !
s. RENAUDIN.
Ah ! oui, c'est pour nous signifier l'édit ! Je les attendais!
Qu lis entrent ! (Mouvements de tous. Le curé se lève précipitamment pour partir. Les domestiques disparaissent pour aller ouvrir la porte aux dragons.
S. Renaudin, au curé :) Mais rcstcz, monsicur le curé, nous vous en prions \
LE CURÉ
Mon cher voisin, permettez que je vous quitte.., du moins lorsqu'ils m'auront vu, car j'aimerai, par ma prcsonce ici, à cette heure de péril, témoigner de ma profonde estime pour vous tous... Mais, sitôt qu'ils m'auront vu, souffrez que je ne demeure pas davantage, car il m'est pénible, comme chrétien et comme calholique, de me rencontrer avec ces hommes... et, ce qu'ils ont à vous dire, je préfère ne le point entendre...
U se dirige vers la porte du fond, par laquelle entieni Raymond d'KsIelan, Pl;i''ppe de Fiers, le bailli de la ville et quel(|ucs dragons arniéf, qui le regardent aviiétonnemeut. Et, après des saints échangés avec eux, il sort, en serrant la main du ['tTi'