ACTE TROISIÈME
RAYMOND
Et leur fille Judith ? Obstinée, elle aussi, vous pensez, contre notre sainte Église?
LE CURÉ
Leur fille Judith? Que lui voulez-vous donc, mon fils, à leur fille Judith?...
RAYMOND
Avec les parents, n'est-ce pas, ni l'intimidation ni la violence ne nous serviraient; mais la douceur peut-être, la persuasion de votre parole... Et si vous tentiez, monsieur le curé, de lui faire comprendre, à elle, que je suis bon gentilhomme, que j'ai là-bas, en Quercy, mon château et quelques terres, que si elle consentait à me suivre...
LE CURÉ, inleCompant.
Que voulez-vous dire, mon fils, et où voulez-vous en venir ?
RAYMOND
Oh ! pas ce que vous serablez supposer, monsieur le curé... Mais, de ma famille, je suis le dernier, le seul qui reste. Déroger pour elle me serait donc indifférent. Et je l'épouserais, mon père, ici dans votre église, et je vous deman(^ drais pour nous deux la bénédiction sainte.
LE CURE, lui prenant la main.
Combien je me sens touché, mon cher enfant, de vous en teindre parler avec cette loyauté!... Et dire qu'on vous avait dépeint^à moi comme un homme sans pitié et sans cœur. Je leoavais bien, moi, rien qu'à votre visage, rien qu'à vos yeux, qu'ils vous méconnaissaient, ceux qui vous avaient jugé ainsi. Et je voudrais tant vous servir! Mais, hélas I ce
que vous me demandez là, voyez-vous, n'est pas en mon pouvoir.
RAYMOND
Pas en votre pouvoir, mon père ?... Quoi, si vous rouliez, d'une façon particulière et avec douceur, prêcher devant eux la vérité que vous enseignez aux paroissiens de votre église, vous ne les ramèneriez pas à notre sainte religion catholique, vous n'en feriez pas des chrétiens ?
LE CURÉ
Des chrétiens! Mais ils le sont déjà, mon fils, et peut-être même, quoi qu'il soit pénible à un prêtre d'en faire l'aveu, leur foi en Notre-Seigneur, avivée par tant de persécutions, est-elle en ce moment plus ardente que la nôtre. Ah! vous avez raison de vous dire novice dans ce rôle de convertisseur que le roi vous impose... Vous ne la connaissez pas, leur obstination aveugle, devant laquelle nos prédications les plus persuasives, nos paroles les plus saintes, nennent échouer toujours. Il n'y a rien à faire, croyez-moi ; non rien...
RAYMOND
Oh ! mon père, essayez pourtant, je vous en conjure. Puisque le Christ, au dire des pr très, accomplit des miracles encore, priez-le pour moi, voulez-vous. A elle-même, tenez, à la demoiselle Judith, si vous lui parliez, si vous lui disiez que...
LE CURÉ
A elle ! mon pauvre enfant! Mais elle, justement, elle, la demoiselle Judith, je l'ai entendue au milieu des siens parler comme une illuminée. Il semblait que son hérésie fût sanctifiée par l'ardeur de sa foi, et j'ai vu son regard rayonner comme celui des jeunes martyres. Non seulement elle