‹ Judith Renaudin; drame en cinq actes, sept tableauxChapitre 56 sur 77 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

AYMOND, PHILIPPE, TROIS LIEUTENANTS DE DRAGONS, puis FRANÇOIS, puis HUBERT.

es oUiciers, assis auloor d'une table où est posée une lampe, jouent aux dés. Des dragons leur servent îi boire.

PREMIER LIEUTENANT, à Philippe de Fiers, en jetant les àét.

Cinq et quatre neuf, et onze, vingt!... Dans le Poitou, mon cher, c'est pour rien, les terres!... Aux environs de Poitiers, en descendant jusqu'à Niort ou en tirant vers l'Angoumois, avec une livre d'or, tu m'entends, on achèterait une lieue de pays...

RAYMOND, interrompanU

Ah!... Pourquoi ça?

62 iUDITH RENAUDIN

PREMIER LIEUTENANT

Tiens, pourquoi?... Eh! la contrée est à moitié vide, par là; qu'est-ce que tu veux, c'était tout protestants dans la province; alors, les uns échappés en Hollande, les autres, logés sur les galères du roi, leurs biens confisqués, ça se revend pour un morceau de pain... Avis à toi, d'Estelan, si le cœur t'en dit de devenir propriétaire en Poitou.

RAYMOND, Jetant les dé3 à son tour.

Grand merci! D'abord, je n'ai pas perdu au jeu le bien de mes pères et il me suffit avec la solde du roi. Et puis, non, de tels bénéfices, à moi, ne me vont pas!

PREMIER LIEUTENANT

Oh ! toi, d'ailleurs, tu as des idées!... (n lui tourne le <ios et coniinue à parler à Philippe.) Le grand Louis de Sériguac, tu sais, quis'était joliment ruiné aux jeux de Versailles, eh bien, mais il s'est refait une fortune là-bas. C'est sa cousine, madame de Sévigné, qui iui a écrit : « Va- t'en, va- t'en vite en Poitou... » Et il y est allé, au vrai moment, et s'en est bien

trouvé, tu peux m'en croire... (continuant de jouer anx dés; à

Baymond qui est distrait,) Sept! A toi d'Estelao, à toi de jouer!... Il est un peu dans la lune, notre capitaine, depuis quelques jours! (a phiuppe.) Mon ami, pour toi, qui as pas mal écorné ton avoir...

PHILIPPE, riant.

OUI tu peux même dire écorné tout à fait, tu sais!

PREMIER LIEUTENANT

C'était pour te ménager, mon cher. Enfin, bon! mettons tout à fait... Eh bien, pour toi, comme pour tnoi, comme pour tous les désargentés de la cour, je vois des coups superbes en ces temps-ci...

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