‹ Judith Renaudin; drame en cinq actes, sept tableauxChapitre 62 sur 77 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

dedans de vous-même, vous n'êtes peut-être pas notre ennemi... et c'est la vérité, n'est-ce pas?

RAYMOND

Mon Dieu, je ne sais... Dans mon esprit, il est \Tai, parlois une lutte se livre... Oh! j'aimais mieux la guerre contre l'étranger, c'est incontestable... Mais je réfléchis et je comprends que je ne suis qu'un soldat sans grande connaissance; alors, sans discuter, j'obéis et j'obéirai. Par tous les moyens, je servirai jusqu'au bout notre sainte religion catholique, pour laquelle jadis mes pères ont combattu sous les murs de Jérusalem. Sans faiblesse, croyez-le bien, et sans remords non plus, j'exécuterai à la lettre les commandements du roi. On vous a trompé, mademoiselle : si! je suis bien l'ennemi des protestants!... Mais je ne suis pas le vôtre et ma tâche devient plus dure, ma résolution chancelle, quand il s'agit de vous,.. Et, tenez!... (Devant Judith tru-

jours debout, il s'assied, très près d'elle, la tête dans les mains, et continue ù foix

plus bas^e.) Oh! à votre tour, écoutez-moi... La nuit dernière, avant cette échauffourée de la grand'plage qui a été tant désastreuse pour les vôtres, savez-vous où j'avais passé la soirée? Non loin de votre maison, chez le vieux prêtre de Saint-Pierre... Or, c'était votre souvenir qui m'y avait conduit, timide et presque suppliant...

JUDITH, priant à roix basse, le regard en haut.

Seigneur ! daigne écarter de ma route le tf utateur ténébreux.

RAYMOND

Oui, j'étais allé lui confesser que... malgré l'abîme ouvci-l pour nous séparer l'un de l'autre, malgré ma volonté, malgré moi et malgré Dieu... je vous aime, mademoiselle Judith, et souhaiterais, envers et contre toutes choses, devenir votre époux... Comme un enfant qui prie, comme do

ma vie je n'avais supplié, je le suppliais de vous le dire... Alor* c'est lui qui, su moment de cette répression à main armée dont on vous a fait le récit, c'es4 lui, ce prêtre, qui m a req l'^ plus insensible et plus implacable, en me répondant que tout était inutile et que vous me refuseriez... Mon message pour vous, il n'a même pas voulu s'en charger, le repoussant comme une chose vaine et folle... Et maintenant que j'ai parlé et que vous savez, répondez vousmême... après avoir songé que vos paroles sont pour moi redoutables et graves... Que j'entende de votre bouche si ce prêtre a dit vrai... et si, dans l'avenir même, je ne peux espérer rien... C'est chez vous, je le comprends, que j'aurais dû aller vous demander cela. Mais les temps sont terribles et nos moindres heures comptées : pour que vous ayez osé venir ici, c'est que peut-être vous allez fuir cette nuit, fuir demain, ou du moins tenter désespérément de fuir.?. Et mes dragons vous arrêteront, et je serai celui qui vous jettera* dans les prisons du roi. (n se lève et marche.) Oh! je le sais bien, je me suis conduit, la première fois que je vous ai vue, comme un brutal soudard... Excusez-moi, voulezvous, en vous disant que je n'ai pas eu de mère et que depuis dix années je vis dans les camps avecdes soldats... Mais à présent, vous le voyez bien, je suis respectueux et je vous implore.

JUDITH, le regard levé, et priant à voix basse, après avoir fait de la malo un geste de refus.

Seigneur! daigne écarter de moi le tentateur délicieux.

RAYMOND

Attendez! Non! Écoutez encore!... Au moins, ne me répondez pas avant que j'aie fini de vous parler. Je peux quittf^r pour vous le service du roi, vous m'entendez, et mon harnais de dragon qui est si exécré de vos fi'ères... J'ai louojurs, là-bas, en Quercy, mon bien paternel, mes

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