‹ Judith Renaudin; drame en cinq actes, sept tableauxChapitre 61 sur 77 · SCÈNE II RAYMOND, JUDITH · texte numérisé non relu

SCÈNE II RAYMOND, JUDITH

Judltli entre, amenée par le dragon. Raymond «'incline el se découTre,

JUDITH, arrêtée à quelque» pas de lui, le regard baissé, •'appuyant de la main à une table.

Pardonnez, monsieur le capitaine, la tentative trop hardie d'une jeune fille... Seule, et sans l'aveu de mon père, c'est pour humblement vous prier que je suis venue : m'écoute-

rez-VOUS? (Oe nouveau Raymond s'incline.) MaiS IcS parolCS qui me

semblaient faciles à dire... je ne les retrouve plus, maintenant que je suis ici...

RAYMOND, très simplement.

Je les écouterais pourtant avec respect, mademoiselle.

JUDITH, avec trouble et exaltation.

Ohî nous sommes bien vaincus, allez, bien brisés et anéantis, nous, les protestants de l'A unis et de la Saintonge... Ayez pitié des derniers qui restent! Qu'importent, au roi et à vous, quelques familles de moins ou de plus? Elle est close à présent, croyez-moi, la liste de? conversions par la terreur ; aucun nom ne s'ajoutera à ceux que Ion vient de vous apporter ce soir, ne l'espérez point. Nous nous connaissons tous, nous qui restons : les lâches, les incroyants, les tièdes ou les mondains sont éliminés d'entre nous. Dites-vous bien que vous n'avez p'v.s dans Oleron qu'un petit groupe en constante prière, qui, jusqu'au martyre, demeurera fidèle à sa foi. Alors, maintenant, ayez pitié! Déjà tant de renégats, tant de prisonniers et tant de

morts doivent bien suffire à contenter le roi et TEglise... Pour une fois, détournez vos yeux de notre fuite, entr'ouvrez le cercle de fer dont vous avez environné notre île... Monsieur d'Estelan, nous ne sommes plus que trente! Qu'est-ce que cela, trente personnes dans le royaume de France? rien, n'est-ce pas?... Laissez-nous partir... (Raymond

détourne et baisse la tête, frappant légèrement le sol du pied.) Oh ! pOUr

moi seule, je ne vous implorerais point. Mais, dans notre famille, les enfants sont nombreux... Peut-être vous le rappelez-vous encore, puisque vous êtes entré plus d'une fois chez mon père?

RAYMOND, très songeur.

En effet, je me souviens.

JUDITH, inSniment douce et simple.

Oui? Vous VOUS souvenez? Eh bien, vous les avez vus, n'est-ce-pas, ils étaient là tous, les enfants de mes frères...

(Reprenant le ton d'avant.) DanS leS fuitCS de nuit, los petits SOnt

les plus difficiles à emmener et à cacher. Or, c'est peureux surtout que nous voulons fuir, c'est pour pouvoir au moins là-bas, en exil, les élever dans notre foi protestante ; et la terreur d'être pris en route par vos soldats devient plus affreuse à cause d'eux. Car on nous les arracherait à tout jamais, vous le savez bien, pour les donner aux moines convertisseurs!... Elle n'enseigne point la pitié, paraît-il, la religion que vous servez; mais, au fond de votre cœur à vous, peut-être la retrouverai -je encore, la pitié sainte... car, malgré tout, on nous traite ici moins cruellement que nos frères du Poitou, de la Gascogne ou des Cévennes, et l'on dit que c'est à vous seul que nous le devons... On dit que, tout en restant, bien entendu, l'exécuteur des ordres du 'roi, souventes fois vous interdisez les cruautés inutiles que vos lieutenants commettraient; l'on dit que, tout au

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