‹ Judith Renaudin; drame en cinq actes, sept tableauxChapitre 64 sur 77 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

mon malheur comme elle fait le votre à tous. Vous n'êtea pas fi ticée, je le sais; le prêtre me l'a dit, vous avez repoussé ce jeune homme qui espérait votre main ! vous êtes libre et l'obsiacle n'est pas là ! Je vous ai parlé humblement avec tout mon ^œur, je ne puis pas vous avoir ollensée... Et je ne suis pas si déplaisant aux femmes pour qu'on me rejette ainsi comme un épouvantail,.. Non, mais c'est cette religion détestée contre laquelle je me brise 1

JUDITH

C'est la vraie foi chrétienne pour laquelle je suis prête à

tnitrir.

RAYMOND

C'est, dites plutôt, le rêve sacrilège de votre Calvin ou de votre Luther I

JUDITH

C'est la foi des premiers siècles, celle qu'avaient les apôtres et les martyrs. Nous la puisons toute pure et toute simple à sa source même, dans ces Évangiles où l'on chercherait vainement vos dogmes papistes. C'est la religion d'amour et de pitié qui nous commande de nous aimer les uns les autres et au nom de laquelle vos princes, certains de vos évêques, soufflent la haine et versent du sang.

RAYMOND

Oh! je n'ignore pas que vous possédez, vous, les protestants, le secret des paroles qui entraînent ei qui égarent. Déjà, j'ai entendu votre pasteur, arrêté par mes soldats, parler avec une séduction que le diable sans doute lui avait donnée. Et vous me troubleriez peut-être, si je continuais . de vous écouter. Je ne suis point un abbé, moi, ni un docteur pour vous suiwe dans des discussions religieuses; je suis un capitaine des dragons du roi; je ne sais et ne veux

lé JUDITH REiNAUDlN.

savoir qu'une chose, c'est que vos interprétations, vos idées, vos rêves ne peuvent rien être que mensonges auprès de l'autorité consacrée de notre très sainte et très glorieuse Église de Rome.

JUDITH, comme une propbètesse.

Ahl oui, exaltez-la, votre Église de Rome, votre ville de Rome, d'où vous est venu le jnot d'ordre pour notre extermination à tous î... Glorifiez-la et servez-la bien, celle que saint Jean, dans l'Apocalypse, avait ainsi flétrie : « Et je vis » une femme assise sur une bête qui avait sept têtes... Cette » femme était vêtue de pourpre et d'écarlale et à son front ces » mots étaient écrits : Mystère, Babylone la grande, la Mère » des Abominations du Monde... Alors l'ange me dit : Cette » femme, c'est la grande ville qui règne sur les rois de la s> terre, et les sept têtes de la bête sont sept montagnes » sur lesquelles la ville est assise ».

RAYMOND, reculant devant Judith comme ayee une crainte religieuse.

Oui, je sais, la Bible, que vous lisez tous, en est remplie, m'a-t-on dit, de ces images ténébreuses et superbes, dont vous détournez le sens... Mais cessez, je vous prie, ces blasphèmes dont je suis oflensé... Vous étiez venue pour me prier, je crois?

JUDITH, la Toiz tout à coup tombée.

En effet, monsieur le capitaine, et voici que je l'oublie; ie l'isque comme une insensée d'irriter encore l'exécuteur aue je pensais fléchir. Mais on se lasse, à la fin, de courber la tête... Et qu'importe d'ailleurs, puisqu'il est inexorable, celui que j'ai eu la naïve folie d'implorer. (Raymonj, pendant

i> V loEue suivant, demeure sombre et immobile, battant le sol du pied, à dem

. .^j la lable où sont restés le» verres, les cornets et les dés. Kl la voix de Judllh

•rtôve de nouTcao, révoltée msintenantet hautaine.) AlorS, rien, n'esl-œ

pas aucune grâce, aucune merci pour nous tous? Je n'obtiendrai pa:j une compassion d« votre coeur. fermé et durl

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