ACTE QUATRIÈME
Notre temple de Saint-Pierre-d'Oleron, où nous avons prié hier encore pour ce prince qui nous persécute, notre temple, c'est vrai que, par votre ordre, il sera incendié demain? Comme ce soir la maison desPellier, de Bonnemie, qui tout à l'heure flambait rouge et éclairait ma route, quand, pour ma confusion, je venais icil C'est vrai, vous ferez cela?
RAYMOND, battant toujours le sol du pied.
Peut-être! oui, il brûlera demain, votre temple l
JUDITH
Et, comme devant, vous saccagerez et vous tuerez au nom du pape et de l'Église?
RAYMOND
Oui! Je le ferai.
JDDITH, reculant devant lui.
Et c'est vous qui arrêterez mon père, mes frères, pour les envoyer aux galères du roi?
RAYMOND
Oui, je vous arrêterai tous, parce que tel est mon devoir, et vous-même comme les autres, vous m'entendez bien, (n s'avance Ter» Judith.) vous-mêmo, je VOUS arrêterai s'il le faut.
JUDITH, reculant davantage vers la porte, mais hautaine toujours.
Vous ne m'arrêterez pas ce soir, n'est-ce pas? Et je suis libre encore de sortir d'ici?
RAYMOND, se jetant devant elle avec une angoisse suppliante toat à coup, voyant qu'elle va partir. .
Ne vous en allez pas, non! (ta voix tombée et rodevenne douce.)
Vous arrêter ce soir, dites-voue? Vous arrCter ici, chez moi, où vous êtes venue confiante et seule?... Oh! made-
•78 JUDITH IIENAUDIN.
moiselle! Pour quelle sorte de bandit me prenez-vous donc?
(uo oflcnee. Ils rcslenl l'un deiranl l'autre, tremblants.) Mais qui VOUS
ramènera jusqu'à Saint-Pierre, à cette heure, par une nuit qui a l'air si noire?... Moi-même, je vais vous reconduire.
JUDITH, refusant d'abord d'un signe de tête, reprend après un uouveau silence.
Non, Nanette, avec sa lanterne, me suffira, (eiib s'apaise par
degrés, et sa voix, encore lialelanie, se fail aussi plus douce.) Dc tOUS
nos paysans, je suis connue et respectée. Veuillez seulement faire qu'aucun de vos dragons ne nous suive : à part ceuxlà, nous n'avons point de malfaiteurs dans notre île. (EUe
ouvre la porte et appelle.) Nanette, tU eS là?
NANETTE, paraissant, la lanterne à la main.
Oui, demoiselle.
RAYMOND, retenant encore Judith.
Mademoiselle, excusez, n'est-ce pas, mes emportements de ^Idat, de même que je vous pardonne, moi, toutes vos paroles mauvaises. Et au moins ne me gardez pas de haine
au fond de votre cœur, (sa voix se fait de iilus en plus resiHClueuse
et tendre.) Vous m'avez tout rofusé, mon nom, ma vie, tout... Avant que nous nous séparions pour jamais, me tendriez-
VOUS votre main?... (n s'avance, comme pour prendre la main de
Judith.) Oh !... N'ayez pas peur.
JUDITH
Oh! je n'ai pas peui% monsieur d'Estelan... Et si je ne vous croyais pas loyal, malgré vos égarements et vos violences, est-ce que je serais venue?... Non, je n'ai pas peur et je n'ai pas de haine non plus... Ma main, la voici.
(KUc l(;nd lentement la main à Raymond. Raymond s'incline et baise la main de Judiili avec un grand respect, sans la retenir entre les siennes. — A Nanette.)
Nanetle, n'as-tu pas là cette Bible, celle que j'ai reçue l'autre jour de Hollande?... Tu sais, je t'avais priée de rapporter,..