‹ Judith Renaudin; drame en cinq actes, sept tableauxChapitre 7 sur 77 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Les MÊMES, LA BENOITE, NANETTE, puis JUDITH.

La Benoîte, servante de a. le Curé, et la vieille Nanette servante des Renaudia, chacune un panier de pi-ovision au bras, entrent en se disputant.

LA BENOITE

• Si c'est pas une honte, faire monter comme ça le prix du luarché!... Ah! on voit bien que vous êtes toujours les richards, vous autres, les protestants, et qu'il y en a, de largent de reste, chez vos maîtres!... Pas trop tôt qu'ils ■oient venus, cea messieurs les dragons, pour vous secouer un peu !... Car enfin elle était à moi, cette demi-livre de

fi JUDITH RENAUDIN.

beurre, il n'y a pas à dire, si mademoiselle que voici n'était

paâ venue en offrir deux liards de plus 1

l^endant ce dialogue des deux servantes, le grand portail rond de la maison des Renaudin s'ouvre, et Judith apparaît sur le se lil. Robe de laine grise, élégante et très simple, ciieveux disposés en boucles retombantes. Elle apporte différents petits paquets de linge blanr, et, derrière elle, une servante en grande coiffe blanche lient s;ir un pi 'teau des fioles de remèdes. Tous les mendiants et les estropiés qui attendaient sur les bancs de pierre se lèvent et l'ealoureat. Philippe tire par le bras Raymond et lui montre Judith.

PHILIPPE, à Raymond.

Hein, qu'en penses-tu ? Que t'en semble, mon cher ?

Raymond ce lépond rien et contemple Judith. NANETTE, répondant à la Benoîte.

Dirait-on pas qu'il faudrait tous les jours h présent laisser les meilleurs morceaux à la servante de monsieur le curé!... Alî ! je ne suis pas inquiète, non, de sa mangeail e, à ce cher homme!... Sûr et certain qu'on ne se soigne pas mal au presbytère. L'argent des messes n'est point là pour rien, pas vrai, la belle I...

Des petits garçons, des petites filles entourent, en sautant et en riant, les deux rieille* qui se disputent. Judith distribue aux pauvres attroupés sur le seuil les paquets de linge qu'elle avait préparés pour eux. Puis elle se dispose à laver, avec le contenu d'une flole, une plaie au bras qu'un mendiant lui présente.

LA BENOÎTE

Mon Dieu! mon Dieu! si l'on peut dire!... Un saint homme qui ne boit ni ne mange son content, pour donner tout aux pauvres de sa paroisse !... Fais-le donc voir plutôt, iais voir tout ce que tu emportes de fin dans ton panier, pour tes goulus de maîtres !...

NANETTE, tout en rentrant chez le» Renaudin.

Fi ! la malapprise !... Veux-tu l'aller coucher, la bigote !...

LA BENOÎTE, continuant ea route et Iravereant la FCène pour partir.

Et toi, le diable te brûle la langue, parpaillotte de malheur I

Elle sort. La Nanette est montée sur les marches du portail et reste debout derrif"-* Judith qui continue aei pansements et ses aunn^nei.

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